DÉRIVES SÉMANTIQUES ET INSTRUMENTALISATION POLITIQUE DES MOTS.

Pour une refonte radicale du féminisme.

Certains mots ont acquis un sens aujourd’hui (assez récemment) qui n’est pas celui d’origine. On peut y voir une évolution « logique » de la langue qui « s’adapte » mais ce n’est pas vrai tout le temps. A vrai dire, la plupart du temps, la dérive est orchestrée par des intérêts spécifiques. Par exemple, le mot vilain au Moyen Age signifiait un paysan libre en opposition au serf qui était sous la tutelle d’un seigneur. Aujourd’hui, cela veut dire « laid » « désagréable » ou encore « mauvais ». La distorsion d’un mot peut aller jusqu’à son antonyme, c’est-à-dire, le contraire du sens premier.

Les mots qui nous intéressent sont des termes que l’on entend constamment dans les milieux politiques. L’instrumentalisation des mots dans ce domaine est monnaie courante, c’est un pilier de la manipulation de masse.

Les luttes politiques se servent d’un langage particulier qui nécessite à sa compréhension la recherche de certains termes et pour d’autres, l’oubli de leur sens originel. Comme le terme discrimination qui veut dire différenciation, distinction. Aujourd’hui et depuis environ 60 ans ce terme revêt une dimension péjorative, synonyme de préjudice et justifie donc la « lutte contre la discrimination« . Pourquoi avoir pris ce terme comme moteur pour réclamer justice quand il signifie la différence et que la différence n’est pas censée poser problème ? Pourquoi ne pas utiliser/garder les termes oppression, préjudice, coercition ? Ça pourrait sembler anodin mais le choix des mots ne l’est jamais. La dérive sémantique permet de déplacer le problème sur la différence et l’Autre, plutôt que sur le traitement de la différence et de l’Autre, le « non-homme »(sic). Discriminer devient un problème alors que la discrimination est une preuve de discernement et qu’elle est nécessaire à l’analyse de toute chose. Le traitement des individus diffère en fonction de leurs intérêts et c’est justement ce qui permet leur satisfaction.

Le principe de non-discrimination, plutôt qu’un principe de non-préjudice (respect) cache une volonté d’indifférencier, d’universaliser l’individu sur le modèle masculin. La fameuse égalité. Pourtant lorsque A nuit à B, la solution n’est pas de demander l’égalité de B avec A mais d’empêcher A de nuire à B. Si la chasse à la discrimination n’a rien à voir avec la volonté de nier les différences biologiques, pourquoi parler de lutte contre le sexisme ?

Le sexisme signifie que le sexe compte, c’est la définition la plus concise que l’on puisse donner. Il ne signifie pas « système ou idéologie qui nuit aux femmes », il signifie simplement que la prise en compte du sexe et donc des différences dans le traitement d’un sujet est importante et légitime. Il y a un énorme raccourci entre prendre le sexe en compte et subordonner les femmes. Ce n’est pas parce que l’on prend le sexe en compte que l’on insinue que les femmes doivent être privées de leurs moyens de re-production et de subsistance. Ce ne sont pas nos différences qui nous aliènent, mais bien les hommes. Donc on peut traduire l’antisexisme comme la lutte contre les différences sexuées et la promotion d’une égalité biologique, que les hommes convoitent depuis des siècles. D’ailleurs une réponse à l’exploitation des femmes est comme par hasard « l’utérus artificiel », et non que les hommes arrêtent d’exploiter les femmes, comme si notre constitution biologique œuvrait fatalement contre nous et qu’il fallait nous en extraire. Dans toutes les luttes, la réponse quasi systématique à toute sorte de discrimination est la biotechnologie, mais aucune mise en cause du patriarcat, pire, son soutien par la science capitaliste.

Les termes sexisme et discrimination ont été dénaturés et instrumentalisés pour leur faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire et ainsi manipuler les femmes pour se battre pour quelque chose qu’elles ne veulent pas, l’indifférenciation des sexes, le leurre de l’égalité, mais surtout leur masculinisation.

Avoir des espaces réservés aux femmes, la non-mixité est sexiste puisque le critère est le sexe et c’est pas grave bien au contraire, c’est nécessaire. Ce n’est pas le sexisme, et donc la prise en compte du sexe le problème mais la misogynie et le patriarcat, donc les hommes. On pourrait répondre que maintenant, le sens de sexisme est entendu comme forcément préjudiciable aux femmes et donc que c’est normal de l’utiliser mais le problème c’est que cela embrouille et fait passer les derniers espaces réservés aux femmes pour des lieux problématiques et « réacs » car nuisant au principe d’égalité et de non-discrimination, et sert de terreau fertiles à des idéologies « égalitaires » non réalistes. Parce que les mots ont un impact psychique et moral et modèlent nos pensées et nos actes, et c’est bien pour cela qu’ils sont instrumentalisés.

Pourquoi utiliser un terme qui ne veut pas dire ce qu’il veut dire comme sexisme quand il y a d’autres termes qui veulent dire ce qu’ils veulent dire comme misogynie quand on parle de préjudice et patriarcat quand on parle de système, et qui sont bien plus pertinents ? Lutter contre le sexisme ne signifie pas lutter contre la misogynie ou le patriarcat. Lutter pour l’égalité ne signifie pas lutter pour l’émancipation des femmes ou pour la destruction du pouvoir du « père ».

La lutte pour l’égalité, contre le sexisme, c’est l’égalitarisme, énième tentacule du masculinisme. Le féminisme ne combat pas le sexisme mais la misogynie et le patriarcat. Il ne se bat pas pour que les femmes soient considérées comme les hommes mais pour empêcher les hommes d’exploiter et de massacrer les femmes.

La réponse qui consiste à dire que l’on parle « d’égalité de considération et de traitement » et non pas d’égalité biologique n’est pas pertinente car d’une part la différence biologique entraine une différence de traitement et d’autre part quand A attaque B la réponse n’est pas de vouloir que B soit considéré comme A mais que A ne puisse plus attaquer B. Donc nous considérons que la réponse à la demande n’est pas adaptée et recouvre des intérêts divergents.

Refuser la prise en compte du sexe et ses différences spécifiques sous prétexte de discrimination sexiste, c’est refuser aux femmes leur statut de sujet de leur espèce, d’Autre légitime. La prise en compte du sexe, des différences sexuées œuvre dans l’intérêt des femmes. Le principe de non-discrimination et celui d‘égalité qui en découle ainsi que l’antisexisme sont des faux combats féministes.

La « paternité » est la plus vieille construction sociale antisexiste, et est pourtant à l’origine du retrait du contrôle des naissances par les femmes, et donc de leur droit libre d’avorter.

Le sexe est un critère pertinent de distinction. La discrimination sexiste est une simple distinction de sexe, vitale. Ce qui l’est moins c’est l’acharnement des hommes à déplacer le problème et à s’approprier tout ce qui est relatif aux femmes. Toutes les définitions de sexisme aujourd’hui utilisent la discrimination et donc la distinction femme/homme comme moteur de toute injustice quand elle se trouve dans l’appropriation des femmes, des corps reproductifs, par les hommes.

L’antisexisme est dans l’intérêt des hommes, le sexisme dans l’intérêt des femmes. Même si c’est dur à croire après ces décennies de lobotomie, le sexisme est en réalité, la base du féminisme.

J.

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