LA VIOLENCE DU TRANSPATRIARCAT CONTRE LES FEMMES: RETOUR SUR SPEAKERS’ CORNER ET LE VERDICT DU PROCÈS TRANSACTIVISME VS. FÉMINISME

20 violence transpatriarcat

Le 13 Septembre 2017, un homme qui se prétend femme a attaqué et frappé Maria MacLachlan, une féministe de 60 ans à l’occasion d’une discussion publique intitulée « Qu’est-ce que le genre ? » organisée par Venice Allan (We Need To Talk UK and Ireland tour) à Londres. Doctoresse Julia Long (féministe radicale et lesbienne) et Miranda Yardley (un homme qui s’est pensé transsexuel pendant longtemps et qui est maintenant très critique du transgenrisme) étaient les principaux intervenants de cette discussion.

Commençons par quelques éléments de contexte : en 2004, le Parlement britannique a voté une loi sur « la reconnaissance de genre » (Gender Recognition Act – GRA) pour les « trans ». Cette loi encadre le changement de sexe sur les actes d’état civil (tels que le certificat de naissance ou de mariage) par quelques conditions telles que l’approbation d’un docteur spécialiste et au moins deux années de « transition » avant de candidater. En 2010, le Parlement a voté une loi (Equality Act) consacrant la « réassignation de sexe » comme « caractéristique protégée » – pour laquelle aucune discrimination à l’embauche ou à l’entrée de groupes (politiques, associatifs…etc.) ne peut s’appliquer. Un homme qui se prétend femme et qui a acquis un certificat de reconnaissance de genre (Gender Recognition Certificate) est une femme aux yeux de la loi et doit donc être traité ainsi par le reste de la société. Il reste tout de même des possibilités d’exemption, c’est-à-dire que des groupes et organisations peuvent demander à outrepasser la « réassignation de sexe » afin de baser leur critère d’inclusion sur la base du sexe.
Cette loi, à la fois absurde d’un point de vue scientifique puisqu’il est impossible de changer de sexe et dangereuse d’un point de vue féministe radical puisqu’elle consacre l’idée selon laquelle le genre est un ressenti, ne satisfait pourtant pas les transactivistes (par transactivistes, j’entends à la fois les personnes qui se disent « trans » et leurs alliés qui se disent « cis » et « queer », dont quelques femmes). Après plusieurs années de campagne et de lobbying institutionnel qui ont ressemblé a de l’intimidation plutôt qu’a un débat politique, les transactivistes ont réussi à convaincre Maria Miller, députée conservatrice, de proposer une réforme du GRA au début de l’année 2017. L’idée est de rendre le changement officiel de sexe (qui ne devrait requérir qu’une signature à la mairie) encore plus simple puisqu’il serait basé sur la simple « auto-identification ». Fini les médecins et les preuves de « transition » de long terme. N’importe quel homme peut se dire femme. Fini aussi les exemptions. Tous les espaces et lois réservées aux femmes (quotas, toilettes, sports, écoles, scouts, associations, refuges pour femmes…etc.) doivent accepter n’importe quel homme qui se dit femme.

Cela faisait déjà plusieurs années que des féministes radicales britanniques faisaient campagne contre le transgenrisme et son idéologie intrinsèquement misogyne. Mais c’est avec l’annonce de cette proposition de réforme que tout s’est accéléré et que de plus en plus de femmes se sont emparées de la question et ont publiquement exprimé leur désaccord.

Revenons-en au 13 Septembre 2017. Les gens qui prêtaient le lieu initial de la discussion publique, ayant été harcelés pendant plusieurs jours par les transactivistes (venant notamment des groupes nommés Class War et Sisters Uncut, ainsi que de l’association étudiante LGBTQAZERTY de Goldsmiths University), ont fini par annuler la veille.L’organisatrice, loin de se résigner face à cette attaque, a trouvé un autre endroit mais a décidé de le garder secret afin que les transactivistes ne puissent pas intimider une fois de plus l’administration en charge du bâtiment. Les gens qui voulaient participer à cette discussion publique étaient donc conviés à venir à Speakers’ Corner (un coin de Hyde Park historiquement connu pour être un lieu de rassemblements « progressistes » et de liberté d’expression). Les transactivistes ont rapidement pris connaissance du point de rencontre et ont organisé une contre-manif. Vivant moi-même en Angleterre, j’ai eu la chance de pouvoir y aller et de tout voir de mes propres yeux.
A peine arrivée à Speakers’ Corner, j’ai vu que deux groupes étaient présents mais séparés. Une quinzaine de transactivistes étaient d’un côté avec leurs pancartes tandis 30-40 personnes (en grande majorité femmes, principalement féministes radicales mais pas uniquement) à environ 20 mètres d’écart se regroupaient et commençaient à faire connaissance en attendant que les autres arrivent et que l’organisatrice nous donne l’adresse de l’évènement. Quelques transactivistes essayaient de nous « parler », ou plutôt de nous intimider en nous traitant de « merdes transphobes », de « bigotes », et de « réactionnaires ».

Au bout d’une demie heure, les transactivistes ont commencé à scander « Quand les TERFs attaquent, on contre-attaque », « Tuez toutes les TERFs ». Du côté des femmes qui voulaient assister à la discussion publique, la plupart tentaient de les ignorer, Julia Long a commencé à chanter et une amie et moi ont décidé de scander « Dykes not dicks » (Des gouines, pas des pénis) et « Lesbian not queer » (lesbienne, pas queer) – merci à Angela pour ces superbes slogans. Cela a duré quelques minutes. Les deux côtés ont commencé à sortir leurs téléphones pour filmer. Une femme, Maria Maclachlan, qui filmait déjà l’endroit afin de capturer l’ambiance, a décidé de s’approcher des transactivistes avec son appareil photo en main. Au bout de quelques secondes, un homme (Tanis Wolf, connu sous le nom de Tara Flik Wood), dont le visage était caché par une capuche, a couru vers elle afin de lui prendre l’appareil photo – tentative qui a lamentablement échoué puisque Maria a réussi à garder en main son appareil et à continuer à filmer, mais a toutefois reçu un coup à la main au passage. Surprise par ce geste, Maria décide de s’approcher du groupe de transactivistes derrière lequel se cachait l’homme qui venait de l’agresser afin de filmer son visage. Au bout de quelques secondes, deux personnes – dont au moins un homme qui se dit femme – attaquent Maria physiquement et la bousculent afin de lui voler son appareil photo. Maria résiste mais prend plusieurs coups et une des deux personnes réussit à lui prendre son appareil photo. Maria ne baisse pas les bras et empêche la personne de s’enfuir en l’attrapant par derrière. La personne jette l’appareil photo au sol tandis que Maria tente de lui découvrir le visage en criant « prenez une photo ! ». Une dizaine de secondes plus tard, le même homme qui l’avait initialement agressée (Tanis) se dirige vers elle en courant, la frappe une fois, s’écarte, revient vers elle et lui donne deux coups de plus à l’épaule et au visage. Rapidement, les autres personnes présentes réussissent à séparer Maria de ses agresseurs tandis que Tanis attrape la personne (soi-disant sa « petite amie ») que Maria retenait par l’arrière et s’enfuit en courant. Julia Long et d’autres femmes ont appelé la police, qui est rapidement arrivée pour nous disperser. Nous nous sommes alors dirigées vers le lieu de la discussion publique (notons que cela faisait environ 30 minutes que des petits groupes de femmes partaient de Speakers’ Corner discrètement et au compte goutes afin de rejoindre l’endroit sans divulguer l’adresse aux transactivistes). Je faisais personnellement partie du dernier petit groupe de femmes présentes et quand nous sommes parties, un groupe de 3-4 transactivistes nous a suivies afin de rejoindre et saboter la discussion publique. Heureusement, les agents de sécurité les ont empêché d’entrer mais le groupe est resté dehors et a crié pendant toute la discussion – qui a dû être raccourcie.

Très vite, les vidéos de l’agression ont tourné sur les réseaux sociaux et des femmes ont réussi à avoir des images précises de l’agresseur et à trouver son identité, Tanis Wolf/Tara Flik Wood. Sans surprise, c’est cet homme qui avait posté dans la matinée sur l’évènement Facebook de la contre-manif le commentaire suivant : « où va se tenir l’évènement ce soir ? Je veux bousiller des TERFs, elles ne sont pas mieux que les fachos ».

Quelques jours après avoir été agressée par cet homme, Maria a décidé de porter plainte. L’identité de l’agresseur ayant été rapidement trouvée par d’autres femmes sur Internet, la police a pu convoquer Tanis Wood au commissariat deux fois entre les faits et février 2018. A chaque fois, l’agresseur s’est abstenu de tout commentaire et n’a répondu à aucune question – même quand les policiers lui ont montrer les preuves visuelles de son acte à Speakers’ Corner. Loin d’être effrayé par la perspective d’un procès et de faire profil bas, Tanis a fait un post sur son profil Facebook le 29 décembre 2017 disant : « si t’es une TERF et/ou que tu ne penses pas que les femmestrans sont des femmes, suces ma bite face de chatte ». Lors de la journée internationale pour la lutte des droits des femmes, Tanis et sa clique ont bousculé et verbalement agressé une syndicaliste pour avoir assisté à un meeting critiquant la réforme du GRA quelques semaines auparavant. Il a également profité de la publicité de ses actes pour récolter des fonds afin de financer des opérations de chirurgie cosmétique.

C’est donc avec l’arrogance boostée à fond que Tanis a décidé de justifier les coups qu’il a portés à Maria par la légitime défense et la défense d’autrui. Selon sa version, Maria aurait agressé sa « petite amie » et, dans un élan de galanterie (socialisation d’homme oblige !), est venu à son secours. Ayant admis avoir frappé Maria, c’est donc sur la question de la légitime défense que le procès qui s’est tenu les 12 et 13 avril devait trancher. Le motif de légitime défense et défense d’autrui a été rejeté et Tanis jugé coupable, ne devant toutefois payer que 430£ d’amende et de frais de justice. Le verdict en tant que tel est une victoire – Tanis a désormais un casier judiciaire et, surtout, les autres queer/transactivistes réfléchiront un peu plus avant de frapper des femmes. Notons au passage que Tanis s’est encore plus enfoncé dans son déni de réalité en prétendant avoir gagné ce procès sur son compte Facebook, se gargarisant de ne devoir payer que 150£ (la somme que Maria va effectivement toucher) pour avoir frappé Maria.

Malheureusement, le procès lui a donné plusieurs raisons de penser ainsi – au-delà de la peine évidemment trop faible, 430£ étant maintenant le prix pour pouvoir agresser physiquement une féministe radicale. Tout d’abord, le juge a interrompu Maria plusieurs fois pendant qu’elle rendait son témoignage, lui ordonnant d’arrêter de parler de son agresseur au masculin – ce à quoi Maria a brillement répondu « j’ai l’habitude de penser cette personne, qui est un homme, comme un homme ». Le juge a en quelque sorte puni Maria en qualifiant cette attitude de « mauvaise grâce » et a pris cet élément en compte lors de son verdict ! Aux yeux de la justice patriarcale, Maria a refusé d’être la victime parfaite – c’est-à-dire la femme soumise et obéissante que les hommes veulent que l’on soit en toutes circonstances, même en face de notre agresseur – et méritait donc d’être indirectement punie pour cela (par la condamnation de Tanis à une peine très légère et le refus de le condamner à verser des dommages et intérêts à Maria).

Dans la même veine, le juge a également pris en compte un tweet que Maria a posté en octobre – une photo de Tanis avec un commentaire moquant sa calvitie apparente et le fait qu’il se cachait en espérant échapper à la police – afin d’illustrer l’idée selon laquelle Maria aussi à ses propres torts. Rappelons que ce même juge a refusé de prendre en compte le post que Tanis a posté sur l’évènement Facebook le 13 Septembre (« où va se tenir l’évènement ce soir ? Je veux bousiller des TERFs, elles ne sont pas mieux que les fachos »), alors même qu’il s’agit d’une preuve de préméditation, ainsi que son refus de coopérer avec la police lors des deux convocations au commissariat – deux circonstances aggravantes. Ce tweet a donc de facto été jugé bien plus grave que le post de Tanis. Les femmes n’ont donc pas le droit de moquer leurs agresseurs alors que les menaces postées par ces derniers sur Internet sont vues comme « non-pertinentes » aux yeux de la justice patriarcale.

Ensuite, la défense (engagée par Tanis) a banalisé l’usage de l’acronyme déshumanisant « TERF » dans la salle d’audience et les médias en l’utilisant de nombreuses fois pour parler de Maria et des féministes radicales. En plus, lors du témoignage de Maria le premier jour, la défense – qui ne comprenait visiblement pas grand-chose à l’enjeu puisqu’elle a attribué aux féministes radicales la conceptualisation du genre comme « construction biologique » (sic) – n’a pas hésité à faire du victim-blaming constant, insinuant que Maria avait en quelque sorte provoqué l’agression en filmant les queer/transactivistes à Speakers’ Corner – lieu public où tout le monde filmait les deux côtés ! L’argumentaire mobilisé par la défense et les « témoins » du côté de Tanis étant que filmer des « trans » est beaucoup plus grave que filmer des femmes parce que, comme on le sait toutes, les hommes qui se disent femmes sont le groupe le plus opprimé sur terre – argumentaire heureusement rejeté par le juge.

Hilarités et bizarreries du procès :
• Lors de son témoignage, Tanis a décliné l’acronyme TERF d’une façon assez ridicule – Trans Extermination Radical Feminists/Féministes Radicales qui veulent l’Extermination des Trans
• Tanis a ramené sa petite clique du groupuscule anarchiste « Class War » – environ une quinzaine de personnes, dont plus de la moitié d’hommes. La plupart d’entre eux avaient le visage masqué et un accoutrement très post-apocalyptique et mettaient du métal à fond à l’extérieur du bâtiment de justice afin de nous (les féministes radicales qui accompagnaient Maria) intimider.
• Ce même groupuscule anarchiste qui a pour politique de ne jamais appeler la police et qui nous avait critiquées pour l’avoir fait après l’agression de Maria par Tanis à Speakers’ Corner n’a pas hésité à appeler la police quand ils nous ont vu de loin marcher vers le pub où ils étaient (nous étions allées à ce pub la veille et nous ne savions pas que les transactivistes y étaient arrivés avant nous après le verdict).

Si vous comprenez l’anglais, je conseille ces liens :
Une explication claire et précise du GRA https://fairplayforwomen.com/gender-recognition-act-2004-explained/
La vidéo du 13 Septembre https://www.youtube.com/watch?v=sx9pyvI-V7M
L’article de Maria MacLachlan http://www.skepticat.org/tag/tara-flik-wood/
Un compte-rendu de l’agression https://gendertrender.wordpress.com/2017/09/15/timeline-of-trans-activists-beating-a-woman-in-hyde-park/
Un article sur l’agression de la syndicaliste par Tanis et ses sbires https://www.morningstaronline.co.uk/article/female-trade-union-official-bullied-own-picket-line-international-womens-day
Un compte-rendu du procès https://gendertrender.wordpress.com/2018/04/13/tanis-wolf-tara-flik-wolf-tara-flik-wood-guilty-as-charged/

Sarah Masson (membre de Mayday4Women, groupe féministe radical basé à Londres).

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