Utilisation du terme viol pour toutes les femelles

L’utilisation du terme viol pour l’ensemble des femelles est souvent contestée dans les milieux militants. Plusieurs arguments sont avancés pour défendre l’idée que ce terme est inapproprié :
– Ce serait dégradant pour les femmes d’être « comparées » aux animaux.
– Le viol découle de la culture du viol que seuls les humains subissent.
– Les animaux ne sont pas des personnes.
– Les traumatismes ne sont pas les mêmes.
– Les buts ne sont pas les mêmes.
– Les animaux ne subissent pas la misogynie.
– Ce mot ne sert qu’à choquer.
– Anthropomorphisme
– ou encore car certaines victimes de viol ne veulent pas l’utiliser.

Nous allons tenter d’expliquer pourquoi nous ne partageons pas ces avis.

Il y a énormément de similitudes entre l’exploitation animale et l’exploitation des femmes puisqu’elles sont interdépendantes. L’exploitation change de forme en fonction des intérêts que les prédateurs (hommes) peuvent obtenir des autres animaux et des femmes, mais elle fonctionne toujours sur l’appropriation de la biologie femelle. Ces intérêts varient en fonction de l’espèce, du sexe et de l’âge, mais les mécanismes restent identiques.

Les femmes sont morcelées, échangées et circulent comme les animaux. Le viol fait partie intégrante de l’élevage, il en est le moteur. A partir du moment où la gestion de la reproduction des individus est entreprise à leur place, le viol est inévitable. Lorsque l’on insère son bras dans l’organe reproducteur d’une femelle, peu importe le but, c’est un viol. L’élevage ne serait pas possible sans lui, il est une arme de coercition des mâles pour contraindre les femelles à la reproduction. Le principe de l’élevage et la séparation des femelles et des petits est patriarcale.

Le patriarcat n’affecte pas que l’espèce humaine. Il impacte l’ensemble du vivant puisque c’est le système que l’humain mâle a imposé et qui est préjudiciable pour toutes les autres espèces. Le viol est l’apanage des mâles et non des femelles. Il ne peut pas découler du patriarcat comme nous avons pu le lire, puisqu’il en est le fondement et existe en dehors de celui-ci. Les mâles humains font du viol des autres animaux une institution qui permet et pérennise le patriarcat.

Le fait d’utiliser le mot viol pour les autres femelles n’est pas une comparaison avec ce que les femmes subissent, puisque ce terme décrit un acte de destruction qui n’est pas réservé à notre espèce. Et quand bien même, être comparées à des femelles animales est une force pour comprendre ce qu’est le viol et lui enlever cette dimension romanesque et fallacieuse qui n’est pas représentative de ce qu’il est en tant que système culturel admis. Si nous construisons des ponts de convergence entre les femelles, et mettons en évidence les mécanismes d’exploitation des hommes, et notre solidarité contre eux, nous sommes plus fortes.
Que l’on considère les animaux comme des personnes ou non, que l’on réserve ce terme à notre espèce ou non, c’est important de reconnaître que les autres animaux peuvent subir des préjudices physiques et moraux, pas forcément comme nous mais comme les individus qu’elles et ils sont. Le viol est un préjudice que toutes les femelles subissent.

Prétendre que les traumatismes et donc les conséquences de cette violence diffèrent entre les femelles, justifierait la requalification de l’acte. Ceci est à notre sens injuste, puisque cette différence s’explique aussi par les limites de notre cognition et interprétation anthropocentrée. De plus, les réactions à une violence sont diverses même au sein d’une même espèce. Cela voudrait dire également que les personnes déficientes mentalement ou avec un degré de conscience diminué ne subiraient pas de viol, car elles ne seraient pas conscientes. Avec cette logique, on pourrait aller encore plus loin et dire que toute femme qui ne sait pas reconnaître un viol n’est pas violée. Attendez, c’est déjà le cas pour les viols conjugaux ou la pédocriminalité…

Parler des animaux en utilisant l’argument du « consentement impossible » est une erreur. Un enfant ne peut pas non plus « consentir », doit-on alors refuser qu’il s’agissait d’un viol quand cela a lieu ? Le viol ne définit pas une victime mais un violeur. Le viol ne définit pas les conséquences mais il dénonce un acte. Il ne devrait pas y avoir de nuance de gris dans les mots que nous employons pour dénoncer des actes dégradants, violents, préjudiciables. Nous refusons de lisser la réalité.

Le mot est choquant parce que l’acte l’est. Le mot est choquant non pas parce que nous « rabaissons » les femmes aux femelles, mais parce que ce mot montre qui rabaisse qui, qui exploite qui. Il ne s’agit pas de prétendre que les autres femelles ont les mêmes traumatismes, mais ce n’est pas un critère pour reconnaître un viol, surtout quand il y a limite de compréhension comme l’espèce.
Prétendre que les autres femelles peuvent être violées uniquement si l’intention est sexuelle revient à dire qu’une femme inséminée de force n’est pas violée, ce qui serait absurde. Si on ne reconnait pas qu’une autre femelle, c’est parce qu’on ne la considère pas. Prétendre qu’un viol est une question d’intention et de plaisir sexuel des mâles, c’est réduire l’arme de destruction massive qu’il est, et les mécanismes de pouvoir qu’il engendre.

Si vous acceptez de considérer les autres animaux, si vous admettez le statut de mère à une femelle qui vient de mettre bas, si vous admettez que l’animal mort est bien un animal mort et pas « de la viande », alors vous pouvez aussi admettre qu’il nous faut utiliser des termes qui n’amoindrissent pas, ne masquent pas, ne nient pas la réalité des faits et les liens entre les systèmes d’exploitation. Les mots ne dévalorisent pas les femelles humaines mais dénoncent les mêmes pratiques d’exploitation des corps femelles. La personne qui doit avoir honte d’un viol est le violeur, et tous ceux de son espèce. Quels autres termes devrions-nous bannir également parce que « cela ne concerne pas les animaux » ? Le terme « tuer » ou « meurtre » ? Le terme « aimer » aussi ?

Estimer que l’exploitation des corps des femelles ne passe pas par leur viol, c’est nier leur réalité matérielle (leur nature). Le viol est une arme patriarcale qui dispose de formes et de finalités diverses mais qui, à sa source, répond à une logique de servitude et d’exploitation d’autrui.

Utiliser le ressenti de certaines femmes ayant subi un viol pour réglementer l’utilisation du terme est malhonnête, car d’autres femmes reconnaissent que les autres femelles sont aussi violées, même si les mécanismes sont différents, car les intérêts le sont. Arrêter de culpabiliser les unes selon le ressenti des autres est un moyen de pérenniser les échanges et la communication.

Ne pas reconnaître que le fait de forcer une femelle à la reproduction est un viol est une porte ouverte sur la remise en question du viol en général qui est un outil de contrôle et d’exploitation.

En tant que femelles, nous sommes solidaires des autres femelles.
L’ensemble des femelles doit pouvoir disposer de ses moyens de production et de reproduction.

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