La pire des trahisons: ce que John Stoltenberg a fait à Andrea Dworkin

Article original ici, traduit par Radfem Résistance.

Par Nikki Craft,

John, n’oublie pas que c’était avec moi qu’Andréa était au téléphone alors qu’elle marchait dans les rues de Brooklyn, dans tous ses états, avec nulle part où aller, à essayer de comprendre comment te quitter. Je ne sais pas si l’odeur des deux tours était réellement là où si elle ne parvenait à retirer l’odeur de son nez, quoiqu’il en soit c’était cauchemardesque pour elle et moi. Si elle avait eu d’autres options, elle t’aurait alors quitté et je pense que tu le sais.

Oui, tu es la première personne qui a contribué à soutenir Andréa afin qu’elle puisse écrire tout au long de ces années. Soit béni. Je crois que pour ça tu mérites un petit peu de reconnaissance, mais pas pour ce que tu es en train de faire maintenant.

En même temps, je ne sais pas si tu serais d’accord, mais Andréa s’est rendu compte du frein que tu pourrais être pour elle et à quel point ton avis pouvait être médiocre. Elle m’a dit, expressément, que tes positions pouvaient la mettre dans l’embarras.

Cette nuit au téléphone, j’essayais de réconforter Andréa. Elle semblait être proche d’une dépression. Tu n’as pas cru qu’elle fut violée et tu l’as traité avec froideur et méfiance à la maison. Elle n’avait aucune option. Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais pas non plus tant d’options moi-même. En fait, plusieurs fois, je m’étais retrouvée dans une situation similaire à celle qu’Andréa affrontait. Je ne savais pas ce que je devais dire. J’ai longtemps écouté. Je crois qu’elle est allée dans un café pendant la conversation. Je voulais simplement la réconforter et qu’elle soit en sécurité pour faire ce que je savais qu’elle avait besoin de faire, et c’était d’écrire.

Cette nuit j’ai dit à Andréa qu’elle pouvait toujours retourner à la maison où elle avait un peu de sécurité et puis prendre du temps pour décider quoi faire quand elle serait moins traumatisée. Elle retourna à la maison immédiatement après notre conversation. Je sais, les choses allèrent beaucoup mieux à la fois pour toi et Andréa après ton départ pour Washington DC et que votre relation s’est améliorée. Tu as fait ça pour Andréa et personne ne peut te le retirer. Andréa avait la sécurité dont elle avait besoin. Quand bien même, je souhaite maintenant dire quelque chose d’autre. Je souhaite qu’elle ait eu plus d’options. Désormais je pense que tout ce que j’aurais pu dire aurait été mieux que ce que j’ai effectivement dit. Je pleure en écrivant ceci : Andréa n’a jamais su quel prix elle paierait pour ne pas t’avoir quitté.

Parce qu’il n’y a jamais eu d’autres raisons de faire autrement, je n’ai pas discuté de tout cela depuis la mort d’Andréa à part avec mes très proches amies, dans une stricte confidentialité. Après presque 11 ans de silence, je croyais sincèrement emporter tout ça dans ma tombe. Mais ton refus arrogant et entêté à être responsable, alors que tu continues à juste ignorer tout prisme féministe radical qui critique ce que tu as fait lors de ces derniers mois, m’amène à savoir cela avec certitude : la seule manière de valider la vérité des prismes actuels d’Andréa sur le sujet, qu’elle m’a exposée/racontée explicitement, est de les partager publiquement pendant que je suis encore en vie. Avec ton déni persistant, tu ne me laisses pas d’autres choix mais d’offrir ma preuve que tu dénatures ses prismes et présentes des souvenirs biaisés afin de promouvoir ton propre travail et en outre gonfler ton ego.

Tu utilises les premiers travaux d’Andréa et ta mémoire sélective afin de justifier tout cela comme étant du « féminisme radical», John. En brisant mon silence on se rend compte qu’elle ne soutenait pas tes positions sur cela, celles que tu réclame à tort comme étant les siennes et les tiennes réunies. Ainsi, peut-être qu’il est temps de retirer tes projections de ton projet. C’est ta parole contre celle d’Andréa désormais.

Tu prétends avoir été troublé par la direction transphobe que certaines femmes ont prise. Si tu avais des problèmes avec ces femmes, pourquoi ne leur as-tu pas d’abord fait part de tes objections? Au lieu de cela, tu as systématiquement diffusé des promotions de ta nouvelle œuvre en utilisant de nombreuses pages Web pour femmes. Ce n’est qu’alors que les féministes radicales ont découvert que tu as passé près d’un an à travailler en étroite collaboration avec quelqu’un qui a manifesté un engagement politique à persécuter plusieurs femmes pendant des années. Cela a été fait en utilisant des sites anti féministes, et révélant leurs identités, par des insultes, des manipulations vicieuses et des obscurcissements incroyablement misogynes. C’est seulement alors que nous avons appris ta nouvelle allégeance à un groupe d’activistes, dont beaucoup sont pro-pornographiques et pro-prostitution, qui ne font pas de la dénomination et de la confrontation de la suprématie masculine – et des hommes – une priorité. Les féministes radicales sont leur seule cible.

À quel point peux-tu être inconscient des conséquences prévisibles de tes propres actions? N’as-tu rien appris sur ton propre privilège masculin avec Andrea pendant 31 ans ?

Ce qui est d’autant plus terrible, c’est que tu ne pense pas que tu as fait quelque chose de mal. Pire, tu crois que tu sauves et que tu préserves l’intégrité du féminisme radical d’Andrea. Et en raison de tes droits et privilèges, tu ne seras pas responsable envers ces mêmes féministes qui ont connu et aimé Andrea. Honte à toi, John. Tu es devenu l’antithèse d’un pro-féministe. Tu es parti à moitié armé dans ce projet sans considérer les effets sur le mouvement de justice et de libération auquel ta partenaire de vie a donné sa vie.
Ironiquement, tu as écrit:  » Nous voici donc: les hommes, à l’intérieur d’un système suprématiste masculin, à l’intérieur d’une classe sexuelle mâle-suprémaciste, à l’intérieur comme hommes, que faisons-nous et pourquoi est-ce si difficile et si impensable ? Vivre comme un traître à cette classe de sexe ?  »

Alors, qu’est-ce que cela fait de toi ? La réponse est un traître. Pour les femmes.

C’est, sans aucun doute, la plus grande trahison d’une féministe et d’un féminisme que j’ai vu dans ma vie par un homme qui proclame être du côté des femmes. Je ne peux jamais te pardonner pour ça.

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