Le dernier coup médiatique de Pauline Hanson avec la burqa révèle la nécessité de dépasser l’opposition entre relativisme culturel et universalisme républicain

Noues devons être capables de reconnaître le caractère  oppresseur  de la burqa sans alourdir davantage le fardeau raciste et misogyne qui pèse sur les femmes qui la portent.

Par CW et FY, 2017

Le 16 août dernier, Pauline Hanson, élue politique australienne du parti de droite One Nation, est entrée au Sénat en portant une burqa. Lors de sa prise de parole,  elle a, de façon spectaculaire, retiré cette dernière, en disant : « Cela ne devrait pas avoir sa place dans ce Parlement ». Elle a ensuite plaidé pour l’interdiction de la burqa, faisant référence aux intérêts australiens en matière de sécurité (même si, lors d’une intervention radio ultérieure, elle a fait aussi référence au caractère oppresseur de la burqa pour les femmes).

 

Hanson est particulièrement connue pour ses idées racistes et xénophobes. Elle s’est fait connaître  dans les années 1990, par  son appel à l’abolition du « multiculturalisme » et sa dénonciation de l’immigration asiatique : « Je pense que nous risquons d’être inondés d’Asiatiques ». Plus récemment, elle a centré sa polémique sur les musulmans. En plus de l’interdiction de la burqa, sa plateforme politique actuelle inclut l’opposition à la certification halal, l’arrêt de construction des mosquées, et un appel à une Enquête gouvernementale sur l’islam.

Le coup médiatique de Hanson a été vivement condamné, d’abord par le Sénat et ensuite par beaucoup d’autres personnalités politiques et publiques. Parmi ces dernières, Elham Manea, professeure, écrivaine et militante des droits humains suisso-yéménite, a critiqué le geste de Hanson tout en soulignant que le port de la burqa est une pratique basée sur l’idée que les femmes sont « la source du mal » et qu’il est obligatoire pour les femmes dans certaines versions fondamentalistes de l’islam, où les femmes sont sous contrôle total de leurs maris.

Cet article a provoqué des débats en ligne entre les féministes. Comme c’est souvent le cas quand une controverse sur le hidjab, le niqab, ou la burqa surgit, les femmes étaient partagées. Elles ont reconnu le racisme de Hanson et le fait que son coup de pub visait clairement à attiser les tensions raciales en Australie. Elles ont par ailleurs admis que la burqa est en effet une pratique patriarcale qui opprime les femmes.

Toutefois, la burqa n’était  pas la seule pratique patriarcale oppressive à laquelle s’est livrée Hanson au parlement ce jour-là : elle portait aussi du maquillage. La pratique qui consiste à dépenser son temps et son argent – de l’adolescence jusqu’à la vieillesse – à appliquer des substances toxiques sur son visage dans le vain espoir d’atteindre des standards de beauté irréalistes et définis selon les préférences des hommes blancs est très commune dans les sociétés occidentales. Les effets de cette pratique sur la santé mentale et physique des femmes sont sûrement importants et certainement plus répandus que ceux de la burqa, qui n’est portée que par une infime minorité de la population. Et pourtant, bizarrement, on n’en parle jamais. Il en est de même pour les talons hauts, l’épilation, la chirurgie esthétique, et beaucoup d’autres « pratiques culturelles nocives en Occident », comme les nomme Sheila Jeffreys dans son livre Beauté et Misogynie.

S’il est oppressif de se couvrir le visage avec un bout de tissu, il est également oppressif de couvrir son visage avec de multiples couches de produits chimiques afin de « réparer » des « défauts » inventés et de devenir la « jolie chose à regarder » que les femmes sont destinées à être en patriarcat. Porter du maquillage ou des talons hauts n’est pas nécessairement moins problématique que porter le hidjab ou la burqa : c’est juste davantage banalisé, et donc moins visible/voyant. Qu’il s’agisse du port de la burqa ou du maquillage, les femmes ne font pas ce « choix » dans le vide.

 

Tout comme le combat contre le port du maquillage n’est pas forcément la priorité urgente des féministes occidentales dans un monde où les violences conjugales, le harcèlement sexuel, et le viol sont une constante dans la vie des femmes, le combat contre le port du foulard n’est pas nécessairement la priorité urgente des féministes de culture musulmane. En effet, pour certaines d’entre elles, porter le foulard peut être un compromis qu’elles ont fait avec leur famille afin de sortir de la maison, aller à la plage, étudier à l’université, voyager à l’étranger, etc. Leur interdire de le  porter pourrait les empêcher totalement d’entreprendre ces activités.

 

L’échec de Hanson à faire le lien entre la burqa et les pratiques patriarcales imposées aux femmes en Occident n’est malheureusement pas surprenant. Dans un monde organisé à la fois par la misogynie et le racisme, les critiques des pratiques qui nuisent aux femmes racisées sont plus facilement audibles que les critiques des pratiques qui nuisent aux femmes blanches. En effet, comme le montre le cas du discours de Hanson, ces critiques sont fréquemment instrumentalisées à des fins racistes.

 

Cela laisse donc les féministes dans une position délicate : comment pouvons-noues reconnaître la nature oppressive de la burqa sans alourdir davantage le fardeau misogyne et raciste qui pèse sur les femmes qui la portent ? Noues sommes coincées entre, d’une part, un relativisme culturel qui prétend que n’importe quelle pratique choisie par n’importe quelle femme dans n’importe quelles circonstances est positive, et d’autre part, un féminisme « universaliste » qui s’oppose aux accoutrements islamiques sans faire de lien avec les pratiques patriarcales occidentales et sans penser aux effets de leurs arguments dans des contextes occidentaux, propices à ce qu’ils glissent immédiatement vers du racisme.

 

Le relativisme culturel est l’idée selon laquelle les croyances, les coutumes, et la morale ne sont pas absolues mais existent dans le cadre de la culture particulière dans laquelle elles ont été créées. Cela signifie que la valeur de n’importe quelle pratique culturelle ne devrait pas être jugée de façon isolée ou à la lumière des pratiques venant d’autres cultures, mais seulement à la lumière de sa culture d’origine. Une conséquence logique de cette idée est que les opinions et conceptions de quiconque sont façonnées par leur culture et que, par conséquent, personne ne peut juger une pratique venant d’une culture différente.

 

A l’origine, cette idéologie a été avancée en réaction à l’eurocentrisme des anthropologues et ethnographes du 19e siècle. Plus récemment, le relativisme culturel est devenu un enjeu majeur dans le féminisme.

 

Comme tout le monde, les féministes d’origine occidentale absorbent les idées des sociétés dans lesquelles elles vivent et cela les mène parfois à avoir des jugements racistes et ethnocentriques à propos des pratiques culturelles d’autres régions du monde. Comme toutes les féministes, les féministes occidentales devraient revoir attentivement leurs croyances afin d’éviter le plus possible ce genre de situation.

 

Cependant, l’idéologie du relativisme culturel a également été employée comme arme contre les féministes, afin de leur interdire de reconnaître et de critiquer les pratiques patriarcales des cultures qui ne sont pas les leurs. Par exemple, des arguments relativistes culturels sont utilisés quand les féministes soulignent que les accoutrements islamiques constituent une pratique patriarcale nocive pour les femmes. Face à cet argument, les relativistes culturels diront que les Occidentales ne peuvent pas juger cette pratique parce qu’elles sont limitées par les préjugés de leur propre culture, et que tant que les femmes qui portent le foulard l’ont choisi, il n’y a aucun problème. Et ce n’est pas un  hasard qu’il s’agisse souvent des mêmes personnes prétendant que les femmes occidentales expriment leur « agentivité » quand elles « choisissent » de recourir à des pratiques de beauté nocives telles que le port du maquillage, les talons hauts, la chirurgie esthétique, ou même quand les femmes « choisissent » de se prostituer.

 

D’un autre côté, beaucoup de féministes pensent qu’il est difficile de nier le caractère oppresseur de la burqa. Tout comme le niqab, le hidjab, et les voiles portés par les femmes dans les traditions chrétiennes et juives (pensons par exemple à Mère Teresa, qui n’a jamais été vue sans son fameux voile bleu et blanc), la burqa a pour origine l’idée que les femmes sont impures et qu’elles créent un chaos sexuel si elles sont visibles. Il est tout à fait compréhensible que les féministes veulent critiquer la burqa et soient dérangées par le fait que certaines femmes la portent.

 

Cependant, quels sont les effets de cette critique dans un pays comme l’Australie ? Les Australien.nes  musulman.es ne constituent qu’une petite minorité (selon le recensement de 2016, seulement 2.6% de la population australienne est musulmane, contre 2.2% en 2011) et sont constamment attaqué.es, non seulement par les racistes d’extrême-droite tels que Pauline Hanson, mais aussi par des segments moins extrêmes de la société, selon une myriade de façons déguisées. Des cas d’agressions physiques et verbales contre les musulmans, et particulièrement contre les femmes musulmanes portant le foulard, sont souvent reportés. Étant donné le contexte, il se peut que les arguments féministes contre le port de la burqa n’aient pas les effets escomptés.

 

Les féministes australiennes qui tentent de décider de la façon de réagir face au coup de pub de Hanson trouveront probablement pertinente la comparaison avec la France. Les déclarations comme celles de Hanson, qui ne proviennent que de l’extrême-droite en Australie, sont souvent faites en France par le centre, la gauche, ainsi que par les  féministes. En France, nul – même le plus anti-féministe des anti-féministes – ne saurait nier le caractère dégradant de la burqa et des autres accoutrements islamiques.

 

Depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, des personnalités  venant de tous horizons politiques ont commencé à soutenir diverses formes d’interdiction des accoutrements  islamiques, d’abord à l’école. Cela a mené à la loi de 2004 contre le port des signes ostentatoires religieux dans les écoles publiques (plus communément connue sous le nom de « la loi contre le port du voile »), et à la loi de 2010 interdisant le port de vêtements couvrant le visage dans les espaces publics (plus communément connue sous le nom de « loi contre le port du voile intégral »). Ces lois, qui visent supposément une gamme étendue de vêtements couvrant la tête et le visage, sont en fait le point d’aboutissement de l’acharnement des différentes politiques publiques à l’égard des jeunes filles et des femmes portant le hidjab et le niqab.

La rhétorique employée par le gouvernement et les autres institutions (de droite comme de gauche), et reprise par les médias, est constamment celle de garantir les « droits des femmes » et de l’égalité, tous étroitement liés  à la laïcité. Égalité et laïcité sont donc considérées comme des piliers de la République française, et font partie de ses valeurs « universelles » (l’origine de la version spécifiquement française de l’universalisme, parfois connue sous le nom d’ « universalisme républicain »). Comme Christine Delphy le souligne, cela laisse la France dans une situation étrange, dans laquelle on retrouve des hommes politiques « féministes » qui deviennent soudainement très soucieux des femmes dès qu’il s’agit des vêtements  islamiques. Bizarrement, ces mêmes hommes politiques n’ont jamais manifesté d’inquiétude  quant aux  inégalités salariales, aux violences conjugales, au harcèlement sexuel, ou au viol.

 

C’est bien beau d’associer laïcité et féminisme : l’Église n’a jamais été l’amie des femmes. Toutefois, historiquement, laïcité et droits des femmes ne sont pas allés de pair en France. Par exemple, durant l’entre-deux-guerres, le parti radical socialiste  (qui avait l’une des positions les plus rigides sur la laïcité) s’est farouchement opposé au droit de vote des  femmes car il y voyait un vote  “clérical” menaçant la République.

 

Par ailleurs, l’association entre droits des femmes et laïcité est devenue un tel lieu commun en France, qu’aujourd’hui, toute militante laïcarde est  automatiquement présentée par les médias comme féministe, quel que soit le degré de misogynie de ses idées. Il semble donc clair que l’argument laïc en faveur des lois interdisant le foulard et la burqa est moins soucieux de garantir  les droits des femmes que de cibler la population française musulmane.

 

Cette observation est d’autant plus confirmée par le fait qu’une région française entière est exemptée du principe de laïcité pour des raisons historiques. En Alsace-Moselle, à la frontière allemande, l’éducation religieuse est obligatoire dans les écoles publiques, et les prêtres, pasteurs et rabbins sont rémunérés par l’Etat. De plus, partout dans le pays, les écoles privées (catholiques pour la plupart) reçoivent des subventions publiques.

 

Les arguments féministes qui, à juste titre, soulignent la nature patriarcale de la religion ont été repris et appliqués à géométrie variable afin de marginaliser encore plus une minorité déjà opprimée. Et, bien sûr, au sein de cette minorité, ce sont les femmes qui souffrent le plus de violences.

 

Depuis la mise en œuvre des lois de 2004 et 2010, la France n’a cessé de légitimer et de banaliser diverses formes de violences contre les jeunes filles et femmes  portant  le foulard ou le niqab. Dans les cas les plus flagrants, cela consiste en la suspension voire le renvoi des jeunes filles portant le foulard des établissements  publics et en la verbalisation des femmes portant  le voile intégral. Ces effets de culpabilisation des victimes ne semblent pas cohérents avec les arguments avancés par les défenseurs de ces lois, qui disent que les femmes portant  le niqab et le hidjab sont victimes d’une pratique patriarcale oppressive.

 

Au-delà, ces lois et les discours qui les accompagnent ont légitimé beaucoup d’autres formes de racisme misogyne ciblé contre les femmes de culture musulmane. Les agressions physiques et verbales contre les femmes qui portent le foulard dans les espaces publics sont fréquentes. Ces femmes ont été exclues de certains groupes féministes et de gauche ; interdites d’entrer dans des banques ; interdites de nager ; interdites d’accompagner leurs enfants lors d’excursions scolaires ; critiquées pour s’être présentées  à des élections ; discriminées sur le marché du travail ;  se sont vu refuser le service dans des restaurants ; etc. Un cas particulièrement choquant dont noues avons personnellement connaissance est celui d’un médecin qui a refusé de pratiquer une IVG sur une jeune femme portant le foulard.

 

Pire encore, des voix s’élèvent aujourd’hui pour étendre ces lois aux universités et même à l’espace public, comme l’a si bien illustré  la polémique  autour de l’interdiction du burkini en 2016. La débâcle du burkini fut le développement de ce qui se passe en France depuis des années : les femmes et jeunes filles perçues comme étant musulmanes n’ont été ciblées que parce qu’elles portaient un long vêtement dans un contexte spécifique. Ce fut la continuité et l’intensification de la pratique de suspensions d’école et d’autres espaces publics des jeunes filles de culture musulmane portant des jupes jugées trop longues, ou des couvre-chefs  tels que les bandanas et les bandeaux. Théoriquement, cela pourrait même inclure un bonnet en hiver. Cette folie islamophobe a atteint de tels niveaux que l’on recommande  souvent aux femmes de culture musulmane de ne pas mentionner la pratique de la langue arabe dans leur CV, qu’elles portent ou non le hidjab ou le niqab, afin d’éviter d’éventuelles discriminations à l’embauche.

 

Plus subtilement, ces lois et les discours qui en découlent sont utilisés pour insinuer que la violence des hommes est quelque chose qui n’arrive qu’ailleurs. Quand les arguments féministes ne sont pas élargis à d’autres cas, l’idée que  le foulard et la burqa sont des pratiques patriarcales qui oppriment les femmes peut être facilement détournée afin de promouvoir l’idée selon laquelle la violence contre les femmes n’existe ni en France ni en Occident en général. Par conséquent, ce discours n’a pas seulement pour conséquence d’accroître  la misogynie raciste dirigée contre les femmes musulmanes ou de culture musulmane, il sous-entend aussi que les femmes blanches ne sont pas  victimes des violences masculines, et que les hommes de culture occidentale ne sont pas violents et n’oppriment  pas les femmes. Il s’agit donc d’un discours qui nuit à toutes les femmes.

 

Il apparaît donc que les féministes font face à un choix peu appétissant, entre un relativisme culturel totalement dépourvu de critique et un universalisme aveugle au contexte. En France, la majorité des féministes choisissent l’universalisme. Dans les pays anglophones, la majorité des féministes choisissent le relativisme culturel. Dans les deux cas, ces choix ont des répercussions graves sur les femmes, de culture musulmane ou non. Certaines féministes, plus sensibles à ces conséquences, choisissent de garder le silence sur cet enjeu, ne sachant pas quelle position prendre et craignant d’aggraver les choses en s’exprimant.

 

Si le silence est tout à fait compréhensible, et à tous égards une décision tout à fait sensée, noues pensons que ces trois options ne sont pas les seules : une authentique position féministe sur les accoutrements islamiques dans les pays occidentaux reste à définir. Comme toujours, une bonne façon de commencer est de penser à là où résident les intérêts des hommes. Le relativisme culturel, tout comme la critique universaliste du foulard  à la française, servent les intérêts des hommes (surtout blancs) de différentes façons.

 

En faisant la promotion du relativisme culturel et des arguments fondés sur la liberté de choix, les militants libéraux et queer participent au musellement des féministes (et particulièrement des femmes blanches) en les accusant de racisme et d’islamophobie dès qu’elles tentent de critiquer une pratique venant d’une culture autre que la leur. Pour les femmes racisées, le message du relativisme culturel, selon lequel aucune pratique culturelle ne devrait être jugée, échoue à procurer aux femmes les outils dont elles ont besoin pour identifier ou contrer les violences au sein de leurs propres communautés.

 

Beaucoup de femmes racisées sont rebutées par le féminisme mainstream en raison du racisme non remis en question des féministes qui ont des arguments universalistes contre le port du foulard. Le féminisme devient ainsi une affaire de femmes blanches de classe moyenne. De nombreuses femmes racisées se tournent donc vers le militantisme antiraciste, qui prend au moins au sérieux le racisme dont noues faisons l’expérience au quotidien. Parallèlement, ces groupes antiracistes, profondément misogynes, comme tout groupe militant mixte , ne manquent jamais l’occasion de dénoncer la « trahison » des féministes racisées qui choisissent de combattre aux côtés de leurs sœurs blanches (tout en continuant à centrer  leur compréhension du racisme et de l’antiracisme sur les expériences des hommes).

Les arguments universalistes servent aussi les intérêts des hommes.

 

Tout d’abord, les hommes blancs de la classe politique dominante profitent de ce débat pour viser  les hommes de culture  musulmane et les présenter comme étant les véritables patriarches et, au passage, s’en laver les mains. Ils affirment également que les seules femmes opprimées sont celles qui viennent de ces milieux et qu’il est absolument nécessaire de les libérer en les dévoilant. Cela soutient ainsi l’idée que les femmes blanches sont totalement libérées et qu’elles n’ont aucunement besoin de se mobiliser pour leurs droits. Face à un racisme si flagrant, les femmes de culture musulmane et les autres femmes racisées sont poussées à s’identifier aux hommes de leur origine, les pénalisant ainsi d’autant plus dans la dénonciation des violences commises par les hommes issus  de leurs communautés.

 

De plus, cela sert les hommes dans leur volonté d’acquérir l’accès sexuel au corps de toutes les femmes. Dans la culture patriarcale occidentale contemporaine, l’accès sexuel des hommes au corps des femmes est symbolisé par l’imposition d’un ensemble précis de pratiques culturelles nocives aux femmes : maquillage, talons hauts, vêtements courts et moulants, etc. La vue du foulard est donc insupportable pour les hommes occidentaux blancs  puisqu’il véhicule le message que les femmes qui le portent ne leur sont pas sexuellement accessibles – elles sont la « propriété » des hommes racisés. L’enjeu du foulard est, fondamentalement, un enjeu d’hommes qui se battent pour l’accès sexuel aux femmes.

 

Par conséquent, quand les féministes occidentales, même bien intentionnées, dénoncent le port du foulard en contexte occidental, elles tombent facilement dans le piège d’être au service des intérêts des hommes blancs, ceux d’étendre leur accès sexuel aux femmes racisées en plus des femmes blanches et de prendre le contrôle des hommes racisées en leur volant « leurs » femmes. Cela permet aux hommes de noues diviser sur la base de leurs propres critères : la mesure dont noues leur sommes sexuellement accessibles.

 

Le contexte est important. Porter le hidjab, le niqab, ou la burqa en Australie ou en France ne revient pas au même que porter le hidjab, le niqab, ou la burqa en Arabie Saoudite, en Iran, ou en Algérie. En Arabie Saoudite, en Iran, et en Algérie, les musulmans ont le pouvoir et sont la majorité de la population. Dans ce contexte, combattre l’imposition de ces vêtements par l’Etat ou par la pression sociale en général devient tout à fait pertinent comme projet féministe. En Australie et en France, les musulmans sont une minorité opprimée et les femmes de culture musulmane sont doublement ciblées, par le racisme et par la misogynie. Dans ce contexte, mettre l’accent précisément sur  ces vêtements a des conséquences très différentes.

 

En France, les forces politiques de la gauche, du centre comme de la droite – toutes profondément misogynes et dominées par les hommes – défendent main dans la main le dévoilement forcé des femmes. Cela noues donne un indice : si c’est ce que veulent les hommes, ce n’est probablement pas fait pour libérer les femmes. Cela devrait faire réfléchir les féministes australiennes, et celles venant d’autres pays dominés par le relativisme culturel. Ce dernier est un piège pour les femmes, tout comme l’universalisme français.