Saint-Valentin ou Sainte-teub, quand l’amour mène à l’aliénation

Comme c’est bientôt la Saint-Valentin, nous pensons qu’il est important de faire un petit récap’ historique et sociétal. Pour commencer, revenons aux origines de cette fête. Il existe beaucoup de « légendes » et l’une d’elles a retenu notre attention dans sa dimension symbolique. Nous précisons que c’est un continuum de comportements patriarcaux qui nous amène à cette histoire et non le commencement.
Les Lupercales étaient des fêtes célébrées chaque année dans la Rome Antique du 13 au 15 février en l’honneur de l’allaitement de Romulus et Remus par une louve. Elles permettaient également de rendre hommage au dieu romain Faunus (assimilé au dieu grec Pan). Des prêtres sacrifiaient un bouc dont ils prenaient la peau pour confectionner des fouets censés rendre fertiles les femmes en les fouettant avec. Enfin durant le banquet, les jeunes femmes étaient tirées au sort par des hommes pour être leur « compagne de soirée », les unions pouvant parfois aboutir à un mariage. La luxure était débordante durant ces fêtes, les hommes espéraient que les femmes tombent enceintes.
C’est en 496 que le Pape Gélase Ier mis fin à cette fête, imposant le 14 février comme jour des amoureux. Le nom viendrait de Valentin de Terni, tué le 14 février 269 sur ordre de l’empereur Claude II et propulsé par la suite au rang de « protecteur des amoureux ». Valentin aurait arrangé des mariages chrétiens en secret à une période où l’empereur obligeait les hommes à garder le célibat pour augmenter les effectifs de son armée. Mais on dit aussi que Valentin était un grand partisan de l’abolition des Lupercales, et si le mariage chrétien lui tenait autant à cœur, l’abolition de cette fête païenne encourageant le sexe sans union officielle au préalable aussi.
Pour résumer, on part d’une fête rituelle permettant aux hommes de copuler (et procréer) avec des femmes, et réformée par l’église, exigeant que la consommation de sexe se conforme à la tradition religieuse via l’encadrement marital. Ce qui contribua au passage à la normalisation du couple hétérosexuel, seul reconnu par l’église. Pour s’assurer de leur paternité, les hommes ont imposé aux femmes la fidélité (1). Eux en revanche n’y sont pas soumis, leur virilité et leur richesse s’affichant aussi selon leur nombre de « conquêtes ».
Durant les époques qui ont suivies, toutes sortes de légendes et de coutumes liées à cette célébration patriarcale verront le jour. Celle de l’envoi de cartes est née des échanges entre Marie de Clèves et le duc d’Orléans, prisonnier lors de la bataille d’Azincourt. Puis, au Moyen-Age, les valentins étaient des cavaliers choisis par des femmes qui recevaient également un présent de leur part. Le symbole du cœur est déjà lié à l’amour à cette époque, mais son origine reste floue. Parmi les hypothèses on peut citer celle de la graine en forme de cœur de la plante silphium. Ces graines étaient utilisées et maîtrisées par les femmes comme contraceptif et abortif. Mais les savoirs des femmes leur furent arrachés au fil du temps par les hommes. Cette préparation médicinale des femmes leur permettant de gérer la reproduction et de décider pour leur propre corps, fut récupéré par les hommes pour imposer le sexe pénétrant, donc selon leurs intérêts. Idéal pour consommer les femmes sans modération, ni contraintes, ni conséquences. Et pour assurer leur impunité, tout sera mis en œuvre pour confondre le sexe et l’amour : la forme de la graine symbolisera « les amoureux » et fut même reprise et érigée sur des pièces de monnaie.
La fête de la Saint-Valentin va prendre son tournant le plus important au milieu du XIXe siècle aux États-Unis, en pleine révolution émergente capitaliste. Les marchands y trouvèrent un filon particulièrement juteux et réadapteront les différentes coutumes au fil des décennies pour en tirer le maximum de profit ; des cartes de vœux commerciales à la boite de chocolat, en passant par les recueils de poèmes et les fleurs (notamment la rose rouge).
Aujourd’hui le marketing est de plus en plus agressif. Comme dit précédemment, de nombreux secteurs comptent sur cette fête pour réaliser une bonne partie de leur chiffre d’affaires. On retrouve donc bien sûr les fleurs, particulièrement la rose rouge qui correspond à 79 % des sommes dépensées, mais aussi les chocolats, les préservatifs, les parfums, les sous-vêtements féminins sexy et même les réservations au restaurant et les voyages.
Il est assez coutumier de penser que les femmes apprécient cette fête et que beaucoup d’hommes la redoutent et la méprisent. On pourrait croire que cette fête existe parce que les femmes sont vénales et superficielles comme le patriarcat aime tant nous le faire croire, mais c’est très loin de la réalité morbide. Cette fête est une soumission et une mise à disposition du corps des femmes par les hommes. Si les hommes redoutent de devoir passer une soirée en tête à tête ou de devoir offrir quelque chose, l’objectif de ces derniers reste précis : obtenir du sexe, pénétrer, et sous couvert d’attentions spéciales, il se met en place un rapport dominant-dominée dans lequel la femme est redevable à l’homme ; on constate alors que les femmes ont le devoir de correspondre à l’image patriarcale de la femme et doivent donc être apprêtées : épilées, coiffées, « sexy » et, évidement, disponibles sexuellement, car la célébration de l’amour patriarcal sans l’exercice de la domination sexuelle, n’en est pas une. (2)
Précisons également que l’utilisation du lubrifiant n’est pas anodine. La lubrification sert à protéger le vagin. Aider le système biologique des femmes pour qu’elles puissent mieux servir de réceptacles pourrait être un indicateur au problème du coït comme norme sociale sexuelle ; mais on préfère dire que le problème vient des femmes et qu’il faut qu’elles aillent consulter si la pénétration ne leur plaît pas, leur fait mal et que c’est trop sec. Tout est fait pour encourager et faciliter la pénétration, sexualité pourtant uniquement centrée sur le plaisir masculin. La sexualité féminine, appelée par le patriarcat « préliminaires » (misogyne de par son nom) est considérée comme de la provocation si il n’y a pas aboutissement par le plaisir et l’orgasme masculin, tout en prétextant une soi-disante complémentarité. Mais à aucun moment cette norme de la pénétration n’est remise en question. Pourtant elle est dangereuse pour les femmes et n’est pas nécessaire à leur plaisir. Qu’elle devienne pourtant centrale voire revendiquée par elles-même s’appelle la colonisation.
Exagéré ? Si on avait encore un doute sur le fait que la sexualité masculine (pénétration) soit centrale, on constate une augmentation de l’achat de préservatifs durant la période de la Saint-Valentin (3), ainsi que des gadgets érotiques censés booster la libido. Une enquête révèle également les conséquences de la culture du viol. 48% des personnes mariées le feront par désir (moins de la moitié !), contre 36% par habitude, et 16% pour faire plaisir à leur partenaire. (4)
Cette fête traditionnelle et finalement religieuse, existant par et pour les hommes, leur paternité et leur descendance, est vue aujourd’hui comme une fête « féminine » contraignant les hommes. C’est une belle réécriture de l’Histoire, il faut l’avouer, permettant de masquer des outils et symboles de la domination masculine et son évolution au cours des siècles, jusqu’à les faire apprécier par les opprimées elles-mêmes. C’est aussi un bon moyen d’accroître le chiffre d’affaires des entreprises, bien des secteurs ont conscience qu’une part conséquente de leurs bénéfices se réalisent durant cette période.
Mais la société patriarcale continue de nous présenter cette fête comme étant une preuve d’amour, une occasion d’être « romantique » et de partager un moment privilégié avec la personne qu’on aime. Les femmes ont appris à apprécier et même à attendre avec impatience cette fête et ce qu’elle incarne, en espérant être aimées. Tout comme on vend l’amour aux femmes en romançant le couple à travers des contes, des princes, l’homme de sa vie, etc. Or les hommes se servent de cette espérance, induite par eux-mêmes, pour perpétuer leur domination sociale au travers de la colonisation des femmes et de leurs corps.
Voilà, pour apporter une autre vision de ce qu’est la Saint-Valentin et dans quel but elle est célébrée. Elle approche mais nous pouvons la rejeter. Nous devons la rejeter et tout ce qu’elle suppose et incarne.

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Nous souhaitons préciser aussi que faire du coït une norme sociale sexuelle, et donc obligatoire, est criminel pour l’intégrité physique et mentale de l’ensemble des femmes. Les femmes n’ont pas à accepter ça pour être intégrées socialement ou même reconnues en tant que femme. Les femmes n’ont pas à échanger du sexe contre de l’amour patriarcal pour s’assurer une sécurité affective, économique et sociale. Elles y sont contraintes par un ensemble de lois, de normes et d’institutions basé sur l’hétérosexualité et la propriété privée (couple, mariage, reproduction, mais aussi les normes du glabre (5)).
Les hommes nous façonnent à leur image et à leurs volontés, ils nous ont créées telles que nous sommes. Nous sommes ce qu’ils veulent. Tout ce en quoi nous croyons, tout ce que nous espérons n’est pas uniquement une question de goût, de choix ou de personnalité. L’accepter est la première étape vers l’émancipation. Les hommes se soutiennent coûte que coûte. Les violeurs et les pédocriminels ne sont pas inquiétés ni pour leur carrière ni de leur crédibilité, car les hommes savent être solidaires entre eux pour maintenir la domination.
A nous de renverser la vapeur et de faire changer la honte de camp, la solidarité féminine doit devenir la nouvelle norme. La révolte finira alors par triompher. #sororité

Annotations

1. Il faut bien comprendre la nécessité de la fidélité des femmes pour les hommes. Ne pouvant pas savoir s’ils sont le père, l’instauration du couple, du mariage est devenue indispensable. La mise en place de la fidélité des femmes est l’assurance pour les hommes qu’il s’agit bien de leur propre descendance. On apprend donc aux femmes que leur infidélité est risquée et honteuse, qu’elles seront socialement rabaissées et dénigrées (pute, salope, etc), et sûrement abandonnées. Les hommes en revanche seront vu comme des charmeurs ou au pire des filous mais leur infidélité restant « normale ».

2. https://radfemresistancesorore.wordpress.com/2017/12/11/lamour-patriarcal-est-une-arnaque-monumentale-par-hortense-dulac/

3. Augmentation des ventes préservatifs : https://www.bibamagazine.fr/sexo/amour/5-chiffres-etonnants-sur-la-saint-valentin-2-26801
http://www.journaldemontreal.com/2015/02/11/saint-valentin–la-fete-de-lamour-en-chiffres

4. Pourtant, il n’y a aucun jour dans l’année où on a le devoir ou l’obligation de « donner du sexe ». Si on ne veut pas, si on ne veut pas de telle ou telle pratique, on ne fait pas. http://www.ladepeche.fr/article/2012/02/14/1284400-67-des-personnes-en-couple-feront-l-amour-pour-la-saint-valentin.html

5. http://www.norme-du-glabre.ct-web.fr/

Une réflexion sur “Saint-Valentin ou Sainte-teub, quand l’amour mène à l’aliénation

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