Vous ne pouvez pas rejeter la pertinence du « sexe » aussi nonchalamment

Article original ici. Traduit par Radfem Résistance.

« Plus de sexe s’il vous plaît, nous sommes britanniques » – Dans une société marquée par le sexisme, le sexe compte

Heureusement, il n’y avait personne d’autre dans la voiture ce lundi matin; je me suis retrouvé à crier «sexe» à plusieurs reprises, bouillante d’indignation au programme « Today ». Jane Fae, militant transgenre, et le présentateur John Humphrys discutaient d’une recommandation dans un rapport du Bureau des statistiques nationales (ONS) pour rendre la catégorie « sexe » facultative lors du prochain recensement. Ce qui m’a fait cracher mon petit-déjeuner, c’était que le présentateur et l’invité expert confondaient « sexe » et « genre ». Bien sûr, pour la plupart des gens, les termes sont synonymes, mais à ce jour, l’ONS a toujours correctement enregistré le « sexe » des répondants et non leur « genre ».

Au cours des vingt dernières années, les termes « genre », et de plus en plus « identité de genre », se sont glissés dans les formulaires. Bien qu’ils aient des significations distinctes, ces termes se sont probablement ajustés parce que les britanniques sont rigides et quelque peu sensibles à propos du double sens que le mot « sexe » contient.

Objecter à l’utilisation abusive de ces termes n’est pas une question de pédantisme linguistique – c’est idéologique . Pour être claire, le sexe renvoie aux catégories biologiques de « femme » et d’ « homme ». La phrase maladroite « assigné.e femme ou homme à la naissance » a été évoquée comme une alternative à la catégorie « sexe », mais à part une infime proportion de personnes intersexuées, le sexe est déterminé par l’observation et ce n’est vraiment pas compliqué. Il y aura toujours ceux qui cherchent à miner cette vérité en faisant référence à la minuscule proportion de personnes présentant des anomalies chromosomiques. C’est à peu près aussi logique que de dire que, parce que certaines personnes naissent avec une jambe, les humain.es ne sont pas bipèdes en tant qu’espèce.

Les sexologues des années 1950 ont commencé à utiliser le terme « genre » lorsqu’ils observaient des enfants intersexes. Il a été utilisé par ces hommes conservateurs pour étiqueter ce que l’historienne féministe Shelia Jefferys décrit avec dérision comme les « caractéristiques comportementales » qu’ils « ont considérées comme les plus appropriées pour les personnes d’un sexe biologique ou de l’autre ». Plus tard, le « genre » a été utilisé par les spécialistes des sciences sociales et certaines féministes pour désigner les catégories sociales de la masculinité et de la féminité.

Comprendre la différence entre le sexe et le genre est essentiel si nous voulons lutter contre l’injustice fondée sur le sexe. Pour être claire, il n’y a pas de prédisposition biologique pour le rose et les paillettes qui est activée par la présence d’un second chromosome X, tout comme être doté d’un chromosome Y ne conduit pas plus à l’amour des armes à feu ou à l’odeur du musc. Le genrage agressif des jouets, des vêtements et même du langage renforce et crée à la fois ce genre de division des rôles ; ça fait mal à la fois aux femmes et aux hommes. En bref, en tant qu’animaux sociaux, les différences de comportement des femmes et des hommes sont plus susceptibles d’être apprises que basées sur la biologie.

Un.e porte-parole de l’ONS a fait remarquer que les questions sur le sexe des personnes étaient « non pertinentes et intrusives ». Dans la pratique, les organisations du NHS à EHRC utilisent déjà le genre auto-identifié comme un marqueur à la place du sexe. Par exemple, malgré les lourdes amendes pour ne pas avoir placé des patient.es dans des services sexués, la plupart des hôpitaux fiduciaires accueillent des personnes en fonction de l’identité de genre d’un.e individu plutôt que de son sexe. En conséquence, les 75% de femmes trans qui gardent leur pénis sont placées dans des salles d’hôpital avec des femmes, que ces dernières considèrent ou non comme des femmes. Lorsque j’ai envoyé une demande d’accès à l’information à ma police locale [« Freedom of Information », institution britannique selon laquelle chacun.e peut demander à accéder aux informations enregistrées publiquement par les administrations du secteur public, ndlt], il m’est apparu évident qu’ils ignoraient toute différence entre les termes et, par conséquent, enregistraient les crimes selon l’identité de genre dont l’individu se revendiquait plutôt que selon leur sexe empiriquement observable. Cela a de graves ramifications. À l’heure actuelle, il y a 11 détenus dans un établissement spécialisé pour les délinquants sexuels hommes – la prison de Littlehey – qui sont sur la « voie transgenre », pour obtenir une reconnaissance légale en tant que femmes. Contrairement à l’affirmation de l’ONS, dans ces circonstances, il me semble que l’enregistrement du sexe des délinquants est tout à fait pertinent.

Au cours de l’entrevue du programme « Today » , Jane Fae expliquait que malgré le fait qu’elle soit née avec des organes génitaux masculins, elle se considère comme une femme et coche la case « femme » du recensement. Cela soulève un point épineux – on nous rappelle souvent que les personnes trans connaissent une discrimination fondée sur leur identité de genre. Si nous voulons vraiment soutenir les personnes trans, nous devons les rendre visibles dans les données ; ne pas reconnaître les personnes trans en tant que groupe distinct risque d’invibiliser leurs expériences. Peut-être, plutôt que de faire du « sexe » un supplément optionnel, la catégorie de trans pourrait être ajoutée.

En tant que femme en âge de procréer, je ne veux pas d’enfants, mais je sais que lorsque je postulerai à un emploi, je serai probablement moins bien traité en raison de ma capacité de reproduction perçue ; en bref, je serai victime de discrimination à cause de mon sexe. Le fait que l’ONS prétend que le sexe n’est pas pertinent ne fera rien, à part rendre cette injustice invisible. En Irlande, où l’identité de genre a remplacé le sexe biologique sur la documentation, les individu.es sont libres de changer leur « genre » légal uniquement en le déclarant elles et eux-mêmes. Cela a conduit à la situation ridicule par laquelle les hommes peuvent donner naissance, mais celles qui s’identifient comme des femmes ne peuvent toujours pas obtenir le droit à l’avortement. Il semble que la « vertuosité », ou tartuffisme [en anglais, « virtue-signalling », comportement consistant à faire une action ostensible et inutile afin de montrer sa prétendue supériorité morale], des organismes statutaires cache souvent une réalité régressive.

L’ONS, et en effet le gouvernement, sont fiers de leur engagement envers « celles et ceux qui s’identifient en dehors du spectre binaire du genre ». Bien entendu, cela prend sa source dans des discussions avec des groupes comme le NUS [National Union of Students, énorme syndicat étudiant] qui, en l’absence de preuve ou de logique, croient que le genre est à la fois inné et immuable et que le sexe biologique est socialement construit (oui, vraiment, elles et ils le pensent…). La vague actuelle d’étudiant.es « non-binaires » qui pensent pouvoir s’identifier hors du genre avec une coupe de cheveux asymétrique et les pronoms « they / them » [pronom utilisé en anglais comme pronom neutre ou pluriel] auront un choc lorsqu’elles et ils entreront sur le marché du travail. Changer la terminologie ne changera pas le fait que les porteurs de pénis seront avantagés par rapport aux porteuses de vulves en termes de salaire, de subir des agressions sexuelles et de progression de carrière. La discrimination ne dépend pas de la façon dont vous vous voyez ; aucune de nous ne s’identifie dans les échelles salariales ou le harcèlement, ces injustices sont là à cause de la façon dont les autres nous identifient.

La recommandation de l’ONS de faire du «sexe» un supplément facultatif est une insulte ; personne ne peut s’identifier hors des normes genrées d’une société patriarcale. Confluer les termes sexe et genre rend d’autant plus difficile le fait de nommer notre oppression parce que les rôles genrés sexistes sont présentés comme naturels et inévitables. Pour ma part, je refuse de me décrire comme « m’identifiant en tant que femme ». Être une femme n’est pas un choix, c’est un fait biologique. En outre, en écrivant ceci en tant que femme, je me bats contre les messages culturels genrés sur ce que font les « gentilles filles »; après tout, je pose mes intérêts comme premiers et je m’exprime sans excuse. Les organes statutaires tels que l’ONS doivent cesser la « vertuosité », et commencer à écouter; dans une société sexiste, nous devons enregistrer le sexe.

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