Qui est féministe radicale ?

« Je suis une féministe radicale, pas une féministe amusante » – Andréa Dworkin.
Article original ici.

11 juin 2017

Par Sekhmet She Owl, traduit par Radfem Résistance.

Une chose que j’ai remarquée à propos des espaces en ligne soi-disant «féministes radicaux » et des auto-proclamées « radfems » est que la majorité d’entre elles ne sont, en fait, pas radicales ou féministes. Par volonté de clarté, définissons féminisme radical : un mouvement politique visant à la libération globale des femmes de toutes les formes que prend l’oppression masculine, et qui reconnaît que les femmes sont opprimées par les hommes en raison de leur sexe biologique. Le féminisme radical est souvent mis dans le « féminisme de la seconde vague », mais, en réalité, les première et troisième « vagues » ne sont pas du féminisme selon la définition que je viens de donner. D’ailleurs, les buts et les principes du féminisme radical n’ont pas changé depuis les années 1970, quand le mouvement féministe était à son apogée aux Etats-Unis et au Royaume-Uni [et en France]. La prétendue « première vague » féministe de la fin du 19è et du début du 20è siècle se focalisait sur le droit de vote des femmes aux Etats-Unis et au Royaume-Unis (ainsi que d’autres pays d’Europe de l’Ouest et l’Australie) – et était donc limitée aux femmes blanches des classes privilégiées – ainsi que sur la reconnaissance de droits légaux pour les femmes dans le cadre du mariage hétérosexuel – sans fondamentalement remettre en question ou même analyser l’hétérosexualité et le mariage. La « troisième vague » n’est en fait rien qu’une réaction anti-féministe au mouvement de la fin des années 1960 et des années 1970, une réaction qui n’en finit d’autant pas que les anti-féministes (principalement) hétérosexuelles ont quitté le mouvement afin de devenir les fervents défenseuses de la pornographie et du BDSM. Elles font partie de ce qu’on appelle typiquement le « féminisme libéral », mais je refuse de prétendre que l’anti-féminisme est vraiment une version alternative au féminisme authentique, donc je qualifie habituellement le pseudo-féminisme populaire d’« anti-féminisme libéral ». De nos jours, les anti-féministes libéraux utilisent le terme « féminisme » comme synonyme de « justice sociale », large conglomérat d’enjeux qui inclut les hommes, tout ça au nom de « l’intersectionnalité » – qui est un concept qu’ils ont corrompu afin de justifier l’inclusion et la centralité des hommes dans leur faux « féminisme ».

Revenons-en aux fausses « féministes radicales ». Ce sont des femmes qui se disent « féministes radicales », ou « radfems », et qui se réunissent sur Facebook, Twitter, Tumblr, et Reddit, dans des espaces qu’elles nomment « féministe radical », et qui sont aussi éloignées du féminisme radical que le reste du monde qui rejette ouvertement ce dernier. Le problème est que le féminisme radical est actuellement le seul mouvement politique de gauche qui rejette le dogme de l’identité de genre et qui critique ouvertement la pornographie et la prostitution. A mesure que les anti-féministes libérales se rendent compte de la biterie qu’est l’identité de genre et ouvrent les yeux sur le fait que la secte trans est une grave menace pour les droits élémentaires des femmes, elles sont de plus en plus nombreuses à partir à la recherche d’un nouveau camp politique parce que le libéralisme mainstream et le gauchisme excommunient toute personne qui rejette, critique, ou simplement doute de la secte trans et de l’industrie du sexe. Elles finissent donc pas trouver le féminisme radical et, parce que beaucoup d’entre elles s’identifiaient auparavant comme « féministes », elles décident qu’elles appartiennent à ce camp parce qu’elles s’opposent au genre et au viol tarifé mais ne sont pas d’Extrême-Droite.

Le truc, c’est que le féminisme radical n’est pas et n’a jamais été qu’une simple opposition à l’identité de genre et à l’industrie pornographique/prostitueuse. Comme je l’ai dit, le féminisme radical vise la libération globale des femmes de toutes les formes que prend l’oppression masculine. Le genre et l’industrie du sexe ne sont que deux facettes de cette oppression. Les femmes libérales qui se revendiquent « féministes radicales » simplement parce qu’elles s’opposent à l’identité de genre et à l’industrie du sexe contribuent à la réputation erronée du féminisme radical, et, en plus, récupèrent et tentent diluer le vrai problème.

On ne peut pas se revendiquer féministe et à la fois choisir les aspects du féminisme qu’on apprécie et rejeter les aspects que l’on n’aime pas. Ce n’est pas grave d’être en phase d’apprentissage du féminisme, et il est totalement juste de dire que la prise de conscience peut être un processus long et progressif. Mais si tu es une femme qui n’essaie pas de dépasser l’identité de genre et l’industrie du sexe afin de comprendre le reste de la philosophie féministe radicale, alors tu n’es pas féministe radicale, et tu ne devrais pas dire que tu en es une. Ton identité politique trompeuse complique la rencontre et le travail des féministes radicales.

Les femmes libérales qui s’opposent à la secte trans et à l’industrie du sexe devraient créer leurs propres espaces pour parler de ces enjeux et pour organiser des actions politiques visant leurs propres buts. Certaines féministes radicales pourraient même être d’accord pour travailler avec ces femmes sur les enjeux de genre et d’industrie du sexe. Mais les femmes libérales qui se revendiquent « féministes radicales » à tort et qui tentent de faire rentrer le féminisme radical dans le moule de leur mode de vie, de leur politique, ou de leur vision du monde sont nocives à l’authentique mouvement féministe radical.

Le féminisme radical est :
* Anti-capitaliste
* Anti-raciste
* Anti-classiste
* Anti-impérialiste
* Contre la haine et l’oppression des lesbiennes
* Critique de l’hétérosexualité, du mariage, et de la famille nucléaire
* Contre les religions patriarcales
* Anti-guerre
* Centré sur le pouvoir, la liberté, et l’indépendance des femmes, et non sur la réforme des hommes
* Anti-genre (y compris, et surtout, la performance de la féminité par les femmes)
* Anti-viol, y compris le viol tarifé dans les industries pornographiques et prostitueuses.
* Anti-BDSM et contre toutes les formes d’abus en général
* Nomme et condamne les violences des hommes contre les femmes, les enfants, les animaux, et la Terre.
* Soutient le séparatisme des femmes et les espaces réservés aux femmes.
* Moralement absolutiste/universaliste culturel sur les enjeux liés à l’oppression des femmes.

Pour savoir quelles sont les vraies positions féministes radicales sur ces enjeux, il faut se poser la question suivante : est-ce que cette idée contribue à l’oppression des femmes ou à notre libération vis-à-vis de leurs oppresseurs (les hommes) ? C’est la mesure de référence. Il n’est pas possible d’être féministe radicale et raciste, parce que le racisme nuit à toutes les femmes racisées. Il n’est pas possible d’être féministe radicale et de détester les lesbiennes, parce que les lesbiennes sont des femmes, et que le lesbianisme est une menace directe pour le pouvoir des hommes sur les femmes. Il n’est pas possible d’être féministe radicale et de croire aux genres, parce que le genre est un outil que les hommes utilisent pour opprimer les femmes et les filles. Tu comprends l’idée. Quand tu veux connaître l’opinion féministe sur un sujet, poses-toi cette question cruciale : est-ce que cela contribue à l’oppression des femmes ou à notre libération de l’oppression ? Rien n’est sacré. Tout est sujet à l’analyse politique et à la critique.

Le féminisme radical, comme tout mouvement politique légitime, fonde son analyse, ses méthodes, et ses buts sur la question du pouvoir. La politique n’est, au final, qu’un enjeu de pouvoir. Qui a du pouvoir sur qui et comment ce pouvoir est-il utilisé ? Le pouvoir se manifeste matériellement, et c’est pour cela que tout courant politique qui en vaut la peine est intrinsèquement matérialiste. Les sentiments ne sont pas matériels. La même critique que les femmes critiques du genre et de la pornographie font aux libéraux anti-féministes/SJW peut s’appliquer au féminisme radical même : tes sentiments ne l’emportent pas sur la vérité, ni ne la définissent. Tu ne peux pas prétendre que le féminisme radical est autre chose que ce qu’il est vraiment, juste pour que tu puisses te revendiquer « féministe radicale » ou pour préserver ton confort personnel à propos des choix que tu fais. Si tu ne veux pas t’occuper de ton racisme, ou avoir une pensée critique sur le mode de vie hétérosexuel, ou tourner le dos à la machine de guerre étasunienne [et française] capitaliste/impérialiste, mais que tu t’opposes fortement à l’identité de genre et à l’industrie du sexe, ce n’est pas grave. Admets que tu es une libérale abolitionniste du genre, anti-porno, anti-prostitution qui veut que les femmes aient des droits humains élémentaires et passe à autre chose. Créer des espaces pour les autres femmes comme toi et appelle-les critiques du genre ou abolitionnistes du genre ou anti-porno/prostitution. Mais ne te revendique pas comme féministe radicale.

Tu n’as pas à être féministe radicale pour t’opposer au genre et au viol tarifié. Tu n’as clairement pas besoin d’être féministe radicale pour croire à l’équité salariale pour les femmes ou pour t’opposer à la violence des hommes contre les femmes. Comme il est tout à fait possible d’être une femme de droite qui s’oppose à la pornographie, à la prostitution, et à la secte trans, il est possible d’être une femme libérale qui s’oppose à ces enjeux pour des raisons différentes. (N’importe qui doté d’un peu de jugeote sait que la droite s’oppose à l’identité de genre, à la pornographie, et à la prostitution pour des raisons très différentes que les féministes radicales et abolitionnistes libérales). Quant à la défense de notre libération de la violence des hommes, il est possible d’être n’importe où sur le spectre politique et d’en être convaincue, pour les femmes. Etre une femme qui pense que le viol, les maltraitances, le harcèlement, et le meurtre de femmes par des hommes sont terribles et inacceptables ne fait pas de toi une féministe. Cela fait de toi une femme qui croit en la décence humaine élémentaire. Le féminisme radical ne s’arrête pas à l’idée que les femmes ont le droit à la sécurité physique, sexuelle, émotionnelle, et mentale. Le féministe radical reconnaît que la violence est un outil que les hommes utilisent pour maintenir leur pouvoir sur les femmes et les filles, et est prêt à faire tout ce qu’il faut en termes de méthodes afin de libérer les femmes de cette violence, y compris le séparatisme des femmes et notre refus des relations hétérosexuelles.

La plupart des gens dans le monde, y compris tous les libéraux et les gauchistes misogynes qui traitent à tout va les femmes de TERFs et SWERFs, n’ont pas la moindre idée de ce que le féminisme radical est vraiment. Ils ne l’ont jamais étudié, et ils n’ont jamais parlé assez longtemps ou sérieusement à une véritable féministe radicale pour avoir une discussion civique. C’est une raison importante pour laquelle les libérales abolitionnistes du genre et de l’industrie du sexe ne devraient pas se revendiquer féministes radicales. Il y a déjà assez de mensonges à propos de ce mouvement pour qu’un groupe entier et nouveau de femmes pleines de bonnes intentions brouillent encore plus les pistes.

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