CE CHER VIEUX BALLROOM DANCING, QUAND LE QUEER S’ENTICHE DU GENRE

Sheila Jeffreys traduction de Martin Dufresne et de Michelle Briand

La danse de salon, aujourd’hui appelée ballroom dancing, constitue un véritable champ de mines pour les lesbiennes et les hommes gays progressistes que je qualifierai d’« objectrices et objecteurs de conscience » face aux lignes de bataille des rapports sociaux de sexe (gender1 ). Le ballroom dancing exige non seulement la formation de couples, mais de couples aux rôles bien distincts et sexospécifiques, où l’une mène et l’autre suit. Ces rôles peuvent s’avérer gênants, poser d’énormes difficultés aux objectrices et aux objecteurs de conscience, même à celles et à ceux qui adorent danser. La danse de salon renvoie ses adeptes à une époque où les femmes devaient porter la robe de bal et les hommes le tuxedo. Le ballroom dancing moderne n’en diffère pas beaucoup et offre le spectacle de la forme de divertissement la plus genrée qui soit, hormis les boîtes de striptease. Les femmes se livrent à d’extraordinaires femmœuvres, en équilibre sur des échasses (souliers à talons hauts), tandis que les hommes rivalisent en force et en prouesses. Ces danses calquent les rôles de genre de manière si extrême qu’on pourrait croire à une parodie. Cependant, il s’agit bel et bien d’un étalage patriarcal.

Je vais critiquer ici la vision dominante du genre dans la théorie queer, qui le présente comme une notion souple avec laquelle on peut « jouer ». Dans cette interprétation queer, le genre serait « transgressif » lorsque adopté par des personnes d’un sexe biologique dont on attendrait normalement l’étalage d’autres caractéristiques. Cette lecture n’est pas très utile pour qui veut échapper au piège du ballroom dancing. Les protagonistes peuvent s’échanger les rôles de qui mène et qui suit, mais la dynamique demeure la même. On n’en sort pas. À ce titre, la théorie queer était bien adaptée au conservatisme social des années 1990 lorsque l’idée d’une transformation sociale a été reléguée aux oubliettes et que différentes cabrioles respectueuses du système furent qualifiées d’amusantes et de rebelles. J’argumenterai que, loin d’être progressiste, la théorie queer du genre est une simple coquetterie, qui flirte avec la domination masculine et en reproduit les contorsions. Elle emprisonne les lesbiennes et les gays dans le  genre de stéréotypes que des mouvements plus progressistes, la libération gay et le féminisme lesbien, ont tenté de mettre au rancart.

Critique féministe de la théorie queer

Les adeptes de la théorie queer ont, dès ses débuts dans les années 1990, présenté celle-ci comme progressiste et transgressive(2) , mais des critiques féministes la voyaient déjà d’un autre œil. Les féministes lesbiennes, notamment, ont soutenu qu’elle réduisait à néant les idées et les pratiques du féminisme lesbien. Elles percevaient un retour en arrière vers un programme de liberté sexuelle contrôlé par des hommes, auquel s’étaient opposés le féminisme et le féminisme lesbien des années 1970 et 1980(3) . La théorie queer s’est vue reprocher de réinscrire un préjugé masculiniste sous couvert de neutralité. Le queer était présenté comme inclusif, rassemblant sous son parapluie hommes et femmes, ainsi que différentes ethnicités. Les lesbiennes féministes s’y sentaient tout sauf incluses, ayant lutté pendant 25 ans pour imposer une désagrégation de la politique gay afin que le mot « lesbienne » y soit inclus et que les intérêts des lesbiennes soient affirmés spécifiquement. Et voilà que celles-ci se retrouvaient occultées sous la calotte du queer et devaient, une fois de plus, lutter pour leur visibilité. Les mots sont importants et les appellations génériques n’ont jamais servi les intérêts des femmes, puisque l’impératif culturel dominant est masculin. De plus, des critiques féministes ont fait valoir que la théorie et la politique queer se situaient en opposition aux exigences et pratiques révolutionnaires du féminisme de la fin du xxe siècle, plutôt qu’en ajout utile à cette politique(4) .

Les féministes lesbiennes ont fait valoir que la théorie queer a émergé d’une période conservatrice des années 1990 où la politique radicale du féminisme lesbien et de la libération gay se voyait désavouée comme irréaliste. C’en était fini des moments d’enthousiasme où une transformation sociale pouvait être imaginée. On vit plutôt apparaître une théorie et une politique décrétant que la transposition, c’est-à-dire l’échange de rôles, était une stratégie préférable à un changement de système. L’esprit du temps préférait la transposition à la transformation. Ainsi, le jeu de rôles butch/femme fut décrété « branché » pour les lesbiennes, mais pas nécessairement pour les hétéros. D’aucuns soutinrent aussi que faire des choses inhabituelles à et avec ses organes génitaux, y compris les amputer comme dans le transgenrisme, était un geste révolutionnaire(5) . On vit même l’amputation d’autres parties du corps, l’insertion d’objets sous la peau et des formes brutales de marquage au nom d’autres types de « modification corporelle », acquérir leurs lettres de noblesse queer (6) . On présenta comme « transgressives » plutôt que destructives des attaques perpétrées contre le corps de lesbiennes et d’hommes gays profondément troublés, que ce soit par leurs propres mains ou par celles de scarificateurs commerciaux ou de chirurgiens(7) . Comme l’époque n’était pas à l’audace politique, on s’en prit aux corps individuels plutôt qu’au corps social. La politique queer a coïncidé avec la marchandisation de plusieurs domaines de la vie, y compris la sexualité, et avec l’apparition du marché de consommation queer. De plus en plus de pratiques de l’industrie du sexe, comme les spectacles de transvestisme et de striptease, furent intégrées à la vie sociale des lesbiennes et des hommes gays.

Les critiques féministes lesbiennes de la théorie et de la pratique queer sont nombreuses et approfondies, mais l’enjeu qui a suscité le plus de révolte est l’attitude des adeptes du queerface aux rapports sociaux de sexe(8) . Au cours des années 1970 et 1980, des féministes de diverses écoles convenaient que l’attribution de rôles genrés aux classes de sexe masculine et féminine constituait le socle de la domination masculine(9) (le système de triage nécessaire pour désigner qui est membre de la classe sexuelle dominante et qui est membre de la classe subordonnée). Ce système est sexualisé pour créer ce qui est très généralement perçu comme sexuellement excitant, soit l’érotisation de la dominance et de la soumission par le biais de rôles genrés, une forme de sadomasochisme au quotidien(10)

.Les opinions différaient, toutefois, quant à ce qu’il fallait faire à propos des rapports sociaux de sexe. Certaines personnes trouvaient que ce système genré n’était problématique qu’à cause des comportements rigides et démarqués qu’il assignait aux hommes et aux femmes. Selon cette approche libérale, la solution était de rendre le système plus souple, afin que les hommes puissent être plus maternants et révéler leur côté « féminin », alors que les femmes pourraient aspirer à des rôles dans l’arène publique et se montrer plus compétitives. Dans ce modèle, les rapports sociaux de sexe ne sont pas éliminés mais libéralisés. Le système fondamental de répartition demeure en place. Même si les rôles sociaux de sexe ont apporté de légères transformations pour certaines femmes et hommes au cours des décennies récentes, conformément à cette prescription féministe libérale, la réalité matérielle de l’oppression des femmes s’est bien peu assouplie. En fait, même si des femmes ont pu accéder à certaines professions d’où on les écartait jusqu’alors et ont investi en grand nombre le marché du travail, la différence de « genre » est devenue beaucoup plus visible dans la vie publique. Plutôt que decoïncidences, il s’agit peut-être d’une façon de rassurer les hommes sur le fait que les choses n’ont pas trop changé et d’acheter la paix lorsqu’il y avait eu changement(11) . Ainsi, la mode est devenue extrêmement genrée. La différence de pouvoir entre les sexes s’est ancrée encore plus profondément comme base même de ce que la sexualité était censée être, tant en éducation sexuelle que dans l’industrie du sexe. À l’heure actuelle, le principe sexuel du mâle dominant et de la femme soumise est le paradigme érotique le plus répandu, en raison de la déréglementation et de la banalisation de la pornographie, du striptease et de la prostitution, pratiques issues de l’esclavage des femmes et des formes les plus traditionnelles et extrêmes de la domination masculine(12) . La pornographie présente des femmes handicapées par des chaussures aux formes caricaturales et pénétrées de toutes les façons par des hommes incarnant l’idéal masculin. Ces pratiques violentes traditionnelles servent aujourd’hui d’éducation sexuelle et sont les images dominantes de la publicité et des industries de la mode et du divertissement. Les règles se sont peut-être assouplies quant à ce qui est permis aux hommes et aux femmes dans le monde occidental, mais la sexualité demeure encore plus fermement structurée en termes de dominance et de soumission, grâce à une industrie du sexe plus vigoureuse que jamais.

Les théoriciennes féministes radicales ne cherchent pas, pour leur part, à rendre le « genre » un peu plus souple, mais à l’éliminer. Elles comprennent que ce codage des rapports sociaux de sexe constitue le socle et la justification de la domination masculine. Dans la lecture féministe radicale, la masculinité est le comportement de la classe dominante des hommes, et la féminité, le comportement de la classe subordonnée des femmes. À ce titre, ces rapports n’ont aucune place dans l’avenir égalitaire que cherche à instaurer le féminisme(13) .  Dans les mouvements de libération gay et féministe lesbien de la fin des années 1960 et du début des années 1970, ces idées féministes radicales comportaient une compréhension claire du fait que les rapports sociaux de sexe n’étaient pas seulement la base même du système politique que constitue l’hétéropatriarcat mais qu’ils opprimaient aussi lourdement les lesbiennes et les hommes gays. On appelait de toutes parts à l’abandon des rôles de genre, alors appelés rôles sexuels, au profit d’une recherche de rapports fondés sur l’égalité. Les jeux de rôles, que ce soient les rôles lesbiens de butch et de femme, ou ceux d’hommes gays efféminés cherchant des partenaires sexuels butch (et souvent hétérosexuels), étaient rejetés comme restrictifs et limitatifs des modes de relation que pouvaient avoir lesbiennes et hommes gays. Le jeu de rôles était reconnu comme le gabarit de la famille nucléaire hétéropatriarcale qui pesait si lourd dans la vie des jeunes lesbiennes et gays. On reconnaissait alors que le jeu de rôles était courant dans la communauté lesbienne et gay et qu’il possédait une longue histoire, mais il était perçu comme une manifestation de notre oppression et condamné presque universellement dans les textes de libération gay et de féminisme lesbien(14).

Cette intelligence claire de la situation a été minée par l’avènement de la théorie queer, qui a eu beaucoup d’influence, tant à l’université qu’hors ses murs. Les critiques des féministes radicales ont alors été répudiées par plusieurs théoricienNEs et militantEs féministes et gays qui ont adopté des lectures queer, selon lesquelles les rapports sociaux de sexe n’avaient pas à être rejetés puisque l’on pouvait jouer avec et les transposer. Ainsi, un homme se donnant une apparence féminine, et vice-versa, pouvait être perçu comme s’engageant dans une pratique révolutionnaire qui allait « déstabiliser » les rapports sociaux de sexe(15) . Cette lecture queer est devenue dominante dans la sphère universitaire des études lesbiennes, gays et transgenres(16). La théorie queer a intégré la vision des rôles sociaux de sexe comme une simple construction sociale, mais elle s’est ralliée à la lecture libérale selon laquelle il suffit de rafistoler ces rôles au lieu de les éliminer. Cette réhabilitation des rapports sociaux de sexe comme divertissants, et même nécessaires à l’existence lesbienne, a été justifiée à l’aide des idées de sommités de la théorie queer comme Judith Butler. Celle-ci a soutenu que le genre était non seulement une construction sociale, fait incontesté de la théorie féministe générale, mais que les personnes d’un sexe physiologique qui « performaient » les pratiques de « genre » les plus habituellement associées à l’autre sexe se comportaient de manière transgressive(17) . Une telle « performance » démontrait le caractère socialement construit du genre et pouvait avoir un effet de perturbation sur l’appareil de sexe/genre qui fondait la domination masculine.

La principale motivation de cette mission de sauvetage des rapports sociaux de sexe tient peut-être au fait que pour la plupart des femmes et des hommes vivant sous la domination masculine, le désir sexuel est précisément construit par l’érotisation de la différence de pouvoir entre les sexes. L’égalité n’est pas sexy et la simple idée d’un démantèlement des rapports sociaux de sexe a un effet détumescent(18) . Cela s’est avéré particulièrement problématique pour les lesbiennes et les hommes gays qui n’osent pas remettre en question la nature genrée de leur propre expérience du désir sexuel. L’attraction entre personnes de même sexe n’offre pas à prime abord l’inégalité érotisée qui caractérise aujourd’hui l’hétérosexualité. La différence de pouvoir propre au « genre » doit être recréée, par recours au jeu de rôles, pour susciter un effet similaire. C’est à cette fin que le « genre » a été intronisé comme « jouet sexuel » par des théoricienNEs et militantEs queer d’importance, notamment Pat Califia (aujourd’hui Patrick)(19) et Judith Halberstam(20) , qui ont décrété que le jeu des rôles masculin et féminin étaient précisément le moteur de la sexualité lesbienne et qu’il devait être célé- bré. L’éminente théoricienne queer Judith Butler adopte une approche semblable, expliquant qu’elle est une personne dont le désir sexuel est construit à partir de la différence des sexes. Dans une interview, elle dit s’être « située » « en lien avec l’identité butch » au début de la vingtaine et avoir eu « une relation active et complexe avec les discours butchfemme et sadomasochiste pendant une vingtaine d’années »(21) . Dans Défaire le genre, elle explique : « Il peut y avoir des femmes qui aiment des femmes qui peuvent même aimer ce qu’on appellerait la “féminité” »; « nombre de butchs (mais pas toutes) […] sont profondément attirées par le féminin(22) ». Elle poursuit en demandant, « pourquoi s’effaroucher devant l’idée que la masculinité puisse aussi apparaître chez les femmes? (23) ». Certaines théoriciennes lesbiennes ont été jusqu’à soutenir que le jeu de rôles était la base de l’existence lesbienne. Le jeu de rôle butch/femme a été proposé comme culture lesbienne « authentique(24) », de telle sorte que le critiquer devient déloyal à la culture lesbienne. Les féministes lesbiennes ont été accusées d’être ennuyeuses et asexuées de par leur position d’objectrices de conscience à cette pratique(25).

La différence entre l’approche queer et celle du féminisme radical apparaît clairement dans l’œuvre de Catharine MacKinnon, qui ne croit pas que l’échange des rôles sociaux de sexe suffit à rendre ceux-ci inoffensifs. Parlant de l’érotisation de la dominance et de la soumission qui fait de la « cible ou objet » de la sexualité un être « subordonné » qui est « habituellement une femme », elle écrit : « La hiérarchie est toujours exercée par l’entremise du genre d’une façon ou d’une autre, même si l’on joue avec le genre, on en inverse les termes ou on reste entre personnes de même genre, c’est encore asservir le sexe au genre. La hiérarchie des rapports sociaux de sexe demeure, qu’on en joue ou qu’on s’y plie(26) . »

L’appui queer au transgenrisme

La nature problématique de l’arrimage de la théorie queer aux rapports sociaux de sexe est devenue claire avec le transgenrisme, qui possède maintenant un mouvement social et même un programme universitaire, les « études transgenres »(27). Vu d’une perspective féministe radicale, le transgenrisme appuie et maintient la notion et la pratique de la différence de genre, qui constitue la base même de la domination masculine. La notion de transgenrisme exige que l’on accepte le « genre » comme catégorie pertinente. Si l’on rejette la notion de genre, le transgenrisme n’a plus aucun sens, faute de différence à transgresser. La théorie queer, en revanche, a fourni une idéologie beaucoup plus accueillante au mouvement transgenre. On lui crédite la traduction, en langage plus proche du constructionnisme social, de certaines notions vieillies, héritées du transsexualisme, selon lesquelles le genre serait biologique et les personnes qui aspirent à un changement de sexe souffrent d’une faille inhérente qui crée une non-concordance entre leur corps physique et leur « sexe cérébral ». De plus, la théorie queer a conféré un certain chic politique à la pratique du transvestisme.
Elle a introduit le terme plus inclusif de « transgenre » pour englober toutes les personnes qui se prêtent à des performances transgressives. Cette catégorie englobe les lesbiennes et hommes gays adeptes des jeux de rôles, les travestis, les « drag queens » et « drag kings », ainsi que les deux types de transsexuels, la vieille garde attardée à la biologie, et ceux et celles qui rejettent toute explication biologique de leur transition . Pour Holly (aujourd’hui Aaron) Devor : « La rubrique de la sexualité queer a permis l’émergence de sensibilités postmodernes à mesure que de plus en plus de gens revendiquent leur droit d’être ce que leur cœur et leurs tripes leur disent d’être. »(28). « Nous avons commencé, ajoute Devor, à voir émerger des lesbiennes transsexuelles, des pédés trans et des hommes qui les aiment, des lesbiennes et des hommes gays qui aiment baiser ensemble et des lesbiennes qui s’identifient comme “dyke daddies” et vivent leurs fantasmes à titre d’hommes gays S/M. » Transgenre d’homme à femme, Susan Stryker explique que le mouvement transgenre s’est « articulé » à la théorie queer sous forme d’une « alliance politique imaginée de toutes les formes d’antinormativité de genre »(29).

Durant les années 1980, le transsexualisme, précurseur du transgenrisme, était perçu comme un malheureux reliquat de l’époque où sexologues et chirurgiens mettaient à mal le corps et l’esprit des lesbiennes et des hommes gays en vue de les normaliser; il n’était certainement pas perçu comme progressiste (30). Durant les années 1990, il a acquis une base théorique plus respectable du fait de la théorie queer, et a réussi à s’arrimer au mouvement gay et lesbien de sorte que l’acronyme LGBTI est devenu une façon d’exprimer la notion d’une oppression et d’un intérêt communs à ces mouvements. En fait, l’histoire du transsexualisme n’y révèle aucune pratique de transgression, mais bien une invention des sexologues, un diagnostic et un traitement élaborés pour normaliser les lesbiennes, les hommes gays et toute autre personne mal adaptée au gabarit de genre de la domination masculine. Le transsexualisme et le transgenrisme sont historiquement contingents. Au xixe siècle, le « transgenrisme », c’est-à-dire le cas de personnes d’un sexe biologique dont le comportement était jugé plus approprié à l’autre sexe, était interprété comme un aspect de l’homosexualité : des homosexuels masculins, par exemple, étaient décrits comme possédant un esprit féminin dans un corps masculin.(31) La notion qu’il existe un type de personnes qui appartient en réalité au sexe non indiqué par sa biologie et dont la condition exige d’être traitée a été inventée au milieu du xxe siècle. Comme l’explique Bernice Hausman, cette avancée était liée à l’adoption, par les sexologues de cette époque, de la notion de genre pour désigner le comportement approprié censé apparaître chez des organismes sexués.(32) Lorsque la notion de transsexualisme a pris racine dans les années 1950 aux États-Unis, il s’est trouvé des critiques crédibles, notamment des médecins, pour faire valoir que ce problème était d’ordre mental et que la mutilation n’était pas un traitement approprié.(33) Ces objections ont fini par être battues en brèche, de sorte qu’aujourd’hui, l’idée d’un être transsexuel a été banalisée, des opérations sont pratiquées aux frais des services de la santé publique, et des lois imposent aux institutions et aux organisations de traiter ces personnes en fonction de leur sexe d’élection plutôt que de leur biologie.(34)

Alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que l’avènement d’interprétations queer du transgenrisme affecte les modes de transition d’un sexe à l’autre, par exemple en levant l’exigence de modifications physiques par prise d’hormones ou par chirurgie, ces interventions médicales ont été embrassées plutôt que combattues. Judith Butler se fait même l’adepte d’un droit juridique à la chirurgie de changement de sexe, écrivant que l’État devrait offrir cette chirurgie aux personnes qui y aspirent : « Ceux qui affirment que la transsexualité est, et devrait être, une question de choix, un exercice de la liberté, ont sûrement raison […] on supprime une liberté humaine fondamentale »(35). Elle écrit également que l’aspiration des transgenres concerne « la capacité à vivre, respirer et se mouvoir et relèverait sans aucun doute de ce que l’on appelle la philosophie de la liberté.(36) » Une défense aussi passionnée peut donner aux objections féministes une apparence de hargne ou même d’injustice.

Mais aujourd’hui, alors que le transgenrisme dépasse le simple jeu de rôles pour requérir l’amputation permanente de parties du corps et une utilisation d’hormones qui transforme le corps de manière irréversible avec de graves risques pour la santé, c’en est fini du caractère soi-disant enjoué que la théorie queer pourrait vouloir s’attribuer. La plupart des transgenres et des transsexuels s’enfoncent sans le moindre remous dans l’océan de la populationstraight, parce que le but de leur transition était justement d’en faire des hommes et des femmes straight. Rien de vraiment queer à cette démarche. Quant à celles et ceux qui décident de créer une politique transgenre visible et soutiennent que leur pratique est progressiste, on les verra néanmoins habituellement soit subir une chirurgie, soit au moins prendre des hormones. Certaines des théoriciennes et chercheures lesbiennes les plus connues pour défendre depuis longtemps une approche queer du transgenrisme, tout en adoptant la masculinité en tant que lesbiennes butch, ont poursuivi leur itinéraire avec ces changements physiques plus permanents et adopté des noms masculins. C’est ainsi que Pat Califia est devenue Patrick, et Holly Devor, Aaron. Aucune ironie, parodie ou souplesse ne transparaît dans leurs performances impeccables de rôles masculins. L’absence de potentiel révolutionnaire de la pratique du transgenrisme apparaît clairement dans le travail de quelques autres activistes plutôt traditionnalistes en matière de rapports sociaux de sexe. Ainsi, Karen Gurney, qui a travaillé à faire changer les lois dans l’État australien de Victoria, a appris de sa transition d’homme à femme que le transsexualisme est affaire de « reconnaître les normes de genre plutôt que les contester».(37) Autre activiste transgenre, Jamison Green, fait preuve du même manque d’enjouement en expliquant : « Depuis ma transition, je suis simplement un homme blanc de classe moyenne, ostensiblement masculin, qui se trouve à être hétérosexuel (dans ma vie intime) et qui tente de se tailler une place dans le monde. (38)» On n’a constaté aucune soudaine ruée de gens anxieux de rendre leur genre invisible dans leur nom ou leur apparence, même s’il en existe quelques-uns. Ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. Qu’elles s’identifient ou non comme queer, les personnes transsexuelles s’avèrent d’une extrême fidélité aux normes du genre.

Cette normativité du genre dans le travail des militantEs et théoricienNEs transgenres, qui se trouvent au cœur du champ émergent des études transgenres, permet d’exclure la possibilité même d’interpréter cette pratique comme une objection de conscience. Le genre devient, dans ces comptes rendus, tout à fait prescriptif. Ainsi, Rikki Wilchins, porte-parole de l’organisation transgenre militante GenderPAC, soutient que même si les féministes ont de la difficulté à accepter le transgenrisme comme progressiste, elles devraient le faire parce qu’elles ont toutes besoin du « genre»: « Présentement, la collectivité des femmes ne s’entend pas tout à fait avec la collectivité drag et transgenre […] Elles ne réalisent pas encore qu’elles ont toutes un enjeu commun dans le genre.(39) » À en croire Wilchins, les lesbiennes et les hommes gays devraient appuyer et inclure les transgenres parce que, dit-il, « les personnes gays ont toujours eu rapport au genre. C’est ainsi que votre mère “savait d’instinct” que quelqu’un était gay.(40) » Le psychothérapeute David Seil, qui pratique auprès de personnes transgenres, soutient que les lesbiennes et les hommes gays partagent « un continuum avec les transgenres […] Nous sommes toutes et tous situéEs sur ce continuum, y compris les femmes et les hommes hétérosexuels. (41)» Jamison Green, trans de femme à homme, prétend la même chose, affirmant l’impossibilité de remettre en question le besoin de genre, base nécessaire de toute interaction humaine selon lui : « Tout le monde a recours au genre pour communiquer. (42)» Il est clair que ces lectures ne font place à aucune issue. Les adeptes lesbiennes et gays de l’objection de conscience au genre ne seraient que des charlatans, incapables de reconnaître les façons dont elles et ils sont inévitablement et fondamentalement genréEs.

L’absence du féminisme, ou de toute référence à l’existence de la littérature féministe, dans le travail des théoricienNEs queer du genre, est proprement stupéfiante. La table est aussi rase que si le féminisme et le féminisme lesbien n’avaient jamais existé. Au lieu de cela, la théorie transgenre et la politique dont elle a accouché ont cherché à se donner l’apparence du féminisme, en dépit de leur opposition absolue aux bases même des analyses féministes. C’est ainsi que le groupe transgenre militant GenderPAC a cherché à remplacer le féminisme, une idéologie peu attirante parce que critique des normes de genre, par une nouvelle politique qui cherche à enchâsser le genre comme un droit de la personne. GenderPAC se définit comme « l’organisation nationale consacrée à assurer à toutE citoyenNE des États-Unis le droit d’exprimer librement son genre à l’abri des stéréotypes, de la discrimination et de la violence (43) ». Ce projet laisse peu de place aux personnes qui pourraient souhaiter n’exprimer aucun genre. GenderPAC est issue de l’organisationTransexual Menace et a été formée pour « lutter pour la reconnaissance du genre comme droit civique fondamental ».

CertainEs activistes transgenres sont si enthousiastes quant aux qualités et à l’utilité du genre qu’ils et elles cherchent même à le faire inscrire dans le corps des enfants. À les croire, les enfants « transgenres » devraient être traités aux hormones avant la puberté pour prévenir le développement de corps sexués qui pourraient consterner leurs « porteurs » à l’âge adulte. La défense des droits des transgenres fusionne avec l’acharnement dont fait preuve une profession sexologique hautement conservatrice pour normaliser les enfants récalcitrants en les casant dans une catégorie respectable de genre et pour persuader des tribunaux d’autoriser la « transgenrisation » de jeunes filles. Dans l’affaire « Alex », en Australie, une fillette de 13 ans a été autorisée à s’inscrire à une nouvelle école en tant que « garçon » et à entamer des traitements hormonaux pour supprimer sa puberté jusqu’au début de son traitement avec des hormones masculines à l’âge de 16 ans. (44) Il n’y a rien de très souple ou queer à traiter aux hormones des enfants aux prises avec toutes les confusions de l’adolescence dans le but de transformer leur corps pour mieux les caser entre les lignes de démarcation rigides du système genré de la domination masculine. Le mouvement féministe des années 1970 a fait campagne contre les stéréotypes sexuels qui emplissaient les livres destinés aux enfants pour éviter à ces jeunes d’absorber des idées restrictives sur les rôles sociaux de sexe. On ne constate aujourd’hui aucune protestation du mouvement queer face à la pratique de transgenriser des enfants sur la base de normes de genre si brutales qu’elles arrivent à légitimer une intervention chimique sur des organismes prépubères.

Il n’est en aucune façon inévitable qu’un mouvement lesbien ou gay doive se percevoir comme ayant des intérêts communs avec les transgenres. Je suggère au contraire qu’il est probable que le transgenrisme en vienne à être éventuellement perçu comme une forme très grave d’oppression, qui impose des souffrance à certaines lesbiennes et hommes gays, un peu comme le régime médical homophobe qui, durant les années 1950, forçait ou encourageait les lesbiennes et les hommes gays à accepter des traitements hormonaux ou des lobotomies pour les rendre straight.(45) Le transgenrisme transforme ainsi des lesbiennes et des hommes gays par le biais de régimes brutaux d’hormonothérapie et de chirurgie.
Même si je sais que certaines personnes transsexuelles d’homme à femme, et une très faible proportion de transsexuels de femme à homme, choisissent d’entrer en relation avec des personnes de l’autre sexe biologique après leur transition, la plupart demeurent homosexuelles, en lien avec des personnes du sexe qui était le leur avant le traitement. Les recherches menées par entrevues auprès de transgenres établissent clairement que l’homophobie intériorisée constitue un facteur important de leur comportement. (46)Les personnes qui haïssent leur homosexualité à tel point qu’elles sont prêtes à amputer des parties de leur corps et à prendre des hormones toute leur vie sont de bien étranges alliées pour un mouvement lesbien et gay visible et fier de son identité. Malheureusement, il ne subsiste pas dans la culture gay suffisamment de conscience de la brutalité historique de la profession médicale à l’égard de l’homosexualité et des nombreuses façons dont les hommes gays ont vu leurs vies normalisées. Les gens ont la mémoire courte.

Les lectures queer des rapports sociaux de sexe excluent bon nombre des questions importantes aux yeux des féministes radicales. La théorie et les recherches féministes radicales sur la question des rapports sociaux de sexe ou du transgenrisme sont ridiculisées et décrétées hors de propos par bon nombre d’universitaires en études transgenres. Remettre en question le transgenrisme est perçu comme déloyal et irrespectueux. La théorie queer n’autorise pas de questionnement sérieux de la nécessité du genre, s’en tenant à la notion que l’on peut jouer avec lui et le reproduire sans fin. Par exemple, les chercheurs et chercheuses queer sont peu susceptibles de vouloir savoir comment le transgenrisme affecte la santé et le bien-être des personnes en transition, ou ceux des partenaires et des proches de ces personnes. Le postulat définissant le transgenrisme comme essentiellement positif et transgressif interdit de telles voies d’investigation. Une lecture féministe radicale, au contraire, s’intéressera aux préjudices qu’implique le transgenrisme pour les lesbiennes et les hommes gays, ainsi que pour la libération lesbienne et gay. Elle étudiera les torts liés aux diagnostics de transgenrisme chez des enfants. Elle examinera les façons dont une reconnaissance juridique du transgenrisme affecte à la fois les droits des femmes et des jeunes filles et les possibilités de libération des femmes. Aucun de ces enjeux ne peut être soulevé dans les limites d’un programme queer. Les auteurEs de telles questions sont perçuEs comme hostiles et susceptibles d’être accuséEs de « genrophobie ». En fait, l’éruption d’une telle phobie est peut-être précisément ce qu’il nous faudrait. Les objectrices et objecteurs de conscience qui refusent de se soumettre aux diktats du ballroom dancingauront fort à faire pour mettre fin à l’infatuation du queer à l’égard du genre.

1. NDLR : La notion de gender est ici traduite, selon le contexte, par les mots « rapports sociaux de sexe » ou « genre ».

2. Annamarie Jagose, Queer Theory. An Introduction, New York, New York University Press, 1997.

3. Sheila Jeffreys, Unpacking Queer Politics: A Lesbian Feminist Perspective, Cambridge, UK, Polity Press, 2003. 3.

4. Suzanna Danuta Walters, « From here to queer: radical feminism, postmodernism, and the lesbian menace (or, why can’t a woman be more like a fag?) », Signs, vol. 21, n°4, 1996, p. 830-869; Sue Wilkinson et Celia Kitzinger, « The Queer Backlash », in Diane Bell et Renate Klein (dir.), Radically Speaking: Feminism Reclaimed. Melbourne, Spinifex, 1996, p. 375-382; Sheila Jeffreys, « The Queer Disappearance of Lesbians », Women’s Studies International Forum, vol. 17, n°5, 1994, p. 459-472 ; Lillian Faderman, « Afterword », in Dana Heller (dir.),Cross Purposes. Lesbians, Feminists and the Limits of Alliance. Bloomington, Indiana University Press, 1997, p. 221-229.

5. Sheila Jeffreys, « They know it when they see it: the UK Gender Recognition Act of 2004 », British Journal of Politics and International Relations, 2008, p. 328-345;  Sheila Jeffreys, Beauty and Misogyny: Harmful Cultural Practices in the West, Londres, Routledge, 2005.

6. Victoria Pitts, In the Flesh : The Cultural Politics of Body Modification, Londres, Palgrave MacMillan, 2003 ; Nikki Sullivan, Tattooed Bodies: Subjectivity, Textuality, Ethics, Pleasure, Westport et Londres, Praeger, 2001.

7. Sheila Jeffreys, « Body modification as self mutilation by proxy », in Jeff Hearn et Viv Burr (dir.), Sex, Violence and the Body: The Erotics of Wounding, Londres, Palgrave MacMillan, 2008.

8. Wilkinson, op. cit. ; Sheila Jeffreys, « Heterosexuality and the desire for gender », in Diane Richardson (dir.), Theorising Heterosexuality. Buckingham (UK), Open University Press, 1996, p. 75-90 ; Sheila Jeffreys, « Transgender Activism », Journal of Lesbian Studies, vol. 1, n° 3-4, 1997, p. 55.

9. Catharine A. Mackinnon, Towards a Feminist Theory of the State, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1989.

10. Sheila Jeffreys, Anticlimax: A Feminist Perspective on the Sexual Revolution, Londres, The Women’s Press, 1990.

11. Jeffreys, Beauty and Misogyny, op. cit.

12. Gerda Lerner, The Creation of Patriarchy, New York, Oxford University Press, 1987; Sheila Jeffreys, The Industrial Vagina. A Political Economy of the Global Sex Trade, Londres, Routledge, 2009.

13. Christine Delphy, « Rethinking sex and gender », Women’s Studies International Forum, vol. 16, n°1, 1993, p. 1-9.

14. Aubrey Walter (dir.), Come Together, Londres, Gay Men’s Press, 1980.

15. Kate More et Stephen Whittle (dir.), Reclaiming Genders. Transsexual grammars at the fin de siècle, Londres et New York, Cassell, 2000; Judith Halberstam, Female Masculinity,Durham (NC) et Londres, Duke University Press, 1998.

16. Susan Stryker et Stephen Whittle (dir.), The Transgender Studies Reader, Londres, Routledge, 2006.

17. Judith Butler, Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, New York, Routledge, 1990.

18. Jeffreys, Anticlimax, op. cit. ; Mackinnon, op. cit.

19. Pat Califia, Public Sex. The Culture of Radical Sex, Pittsburgh (PA), Cleis Press, 1994.

20. Halberstam, op. cit.

21. Kate More, « Never mind the bollocks 2. Judith Butler on transsexuality », in Kate More et Stephen Whittle (dir.), op. cit., p. 286.

22. Judith Butler, Défaire le genre, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, p. 225.

23. Ibid., p. 226.

24. Madeline Davis et Elizabeth Lapovsky Kennedy, « Oral history and the study of sexuality in the lesbian community », in Martin Bauml Duberman et al. (dir.), Hidden from History : Reclaiming the Gay & Lesbian Past, New York, Meridian, New American Library, Penguin Books, 1989.

25. Walters, op. cit.

26. Catharine A. Mackinnon, Women’s Lives. Men’s Laws, Cambridge (MA) et Londres, The Belknap Press of Harvard University Press, 2005, p. 273.

27. Stryker et Whittle (dir.), op. cit.

28. Holly Devor, « Who are “We”? Where sexual orientation meets gender identity », Journal of Gay and Lesbian Psychotherapy, vol. 6, n°2, 2002, p. 16.

29. Susan Stryker, « Transgender history, homonormativity, and hisciplinarity », Radical History Review, n°100, 2008, p. 146.

30. D. B. Billings et T. Urgan, « The socio-medical construction of transsexualism: An interpretation and critique », Social Problems, vol. 29, n° 3, 1982, p. 266-282.

31. Henry Havelock Ellis, Studies in the Psychology of Sex. Vol. 2: Sexual Inversion, Philadelphie (PA), F.A. Davis, 1913 [1903].

32. Bernice, Hausman, Changing Sex. Transsexualism, Technology and the Idea of Gender, Durham (NC), Duke University Press, 1995.

33. Joanne Meyerowitz, How Sex Changed. A History of Transsexuality in the United States, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2002.

34. Jeffreys, « They know it when they see it… », op. cit.

35. Butler, Défaire le genreop. cit., p. 109.

36. Ibid., p. 249.

37. Karen Gurney, « Bad Policy, Bad Law. The derogation of human rights for people with transsexualism since the “Justice” Statement », The Alternative Law Journal, vol. 31, n°1, 2006, p. 36.

38. Jamison Green, « Look! No, Dont! », in More et Whittle, op. cit., p. 129.

39. Jack Drescher, « An interview with GenderPAC’s Riki Wilchins », Journal of Lesbian and Gay Psychotherapy, vol. 6, n° 2, 2002, 67-85, p. 72.

40. Ibid., p. 73.

41. David Seil, « Discussion of Holly Devor’s who are “we” ? », Journal of Lesbian and Gay Pyschotherapy, vol. 6, n° 2, 2002, p. 33.

42. Green, op. cit., p. 126.

43. Drescher, op. cit., p. 67.

44. Sheila Jeffreys, « Judicial child abuse: The family court of Australia, gender identity disorder, and the “Alex” case », Women’s Studies International Forum, n° 29, 2006, p. 1-12.

45. Jonathan Katz, Gay American History: Lesbians and Gay Men in the USA, New York, Avon Books, 1976.

46. Holly Devor, FTM: Female-to-Male Transsexuals in Society, Bloomington et Indianapolis (IN), Indiana University Press, 1999.

Une réflexion sur “CE CHER VIEUX BALLROOM DANCING, QUAND LE QUEER S’ENTICHE DU GENRE

  1. Pingback: Annuaire de liens féministes – Féminisme radical – Radfem Résistance 2

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s